Le Web est ailleurs!

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L’été dernier, l’équipe de l’Agence Topo m’a demandée si je voulais bien écrire un texte résumant les cinq dernières années de programmation du centre d’artistes. S’est alors entamé un long processus d’excavation dans leurs archives Web.

Ce qu’il y a de fantastique avec les oeuvres Web, c’est qu’elles sont à la portée de mon clavier. Je peux en faire l’expérience dans l’intimité de mon salon, dans le confort de mon divan. Mais cette fois-ci, mon divan n’allait pas faire la job.  Je me suis retrouvée devant des oeuvres Web dont les éléments essentiels prenaient forme hors du Web. Il fallait parfois marcher dans la ville, exécuter une série de gestes ou encore assister à une performance. Il fallait surtout prendre conscience de tout un processus de création pour lequel le Web ne devenait qu’un relais.

C’est ainsi qu’est née la petite publication « Le Web est ailleurs! » Une quarantaine de page, images incluses, dans lesquelles on retrouve des descriptions d’oeuvres et, surtout, mes plus récentes réflexions sur la création Web que je qualifie officiellement de « pas-à-la-portée-de-mon-clavier ».
La publication est gratuite et disponible à l’Agence Topo. Mais je vous invite, si le coeur vous en dit, à vous la procurer en contribuant à la campagne de financement du centre d’artistes pour sa vitrine au sein du super projet Pi2 de Gaspé. Cette vitrine présentera des installations médiatiques. 
Extrait de la publication « Le Web est ailleurs »

Lorsque l’Agence TOPO élargit son mandat pour occuper l’Internet en 1998, l’art web commence tout juste à infiltrer nos foyers via nos ordinateurs personnels. Ça prenait du guts, une vision créative et des esprits vifs pour se lancer dans une telle aventure. La même détermination est requise pour renouveler sa vision après plusieurs années  d’exploration. Qu’advient-il de la création hypermédiatique, maintenant que tout le  monde est en mesure de s’approprier les outils du web ? Comment attirer un public vers  une telle forme d’art alors que l’interactivité se retrouve au coeur de nos loisirs, de nos  travaux et de nos occupations quotidiennes ? On retrouve à coup sûr une bonne partie de  la réponse dans la programmation des cinq dernières années de l’Agence TOPO. Celle-ci  est marquée par des projets pour lequel le web devient une sorte de relais entre la création  et la communauté, entre les artistes et un public participatif. Réactualisant la notion  d’interactivité, l’art web réalisé ou diffusé par l’Agence TOPO infiltre la ville, les lieux  de diffusion et la collectivité pour offrir des oeuvres révélatrices d’un web qui n’est plus  nécessairement au cœur de l’expérience hypermédiatique. […]

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Ce que les arts numériques font à l’histoire de l’art #3 [BIAN 2012 : La chute, Chantal duPont]

Ce que les arts numériques font à l’histoire de l’art #1 [BIAN 2012 : Fragmentation, Robert Lepage]
Ce que les arts numériques font à l’histoire de l’art #2 [BIAN 2012 : Instrumentation, Peter Flemming]

L’agora Hydro-Québec d’Hexagram est à mon avis l’une des plus belles salles montréalaises pour l’exposition de projets d’envergure comme celui de La Chute de Chantal duPont. Celui-ci s’articule en trois temps : une installation formée de projections lumineuses sur le plancher d’une salle plongée dans la pénombre, un projet Web que l’on peut considérer comme une œuvre à part entière et, la partie principale, une installation audio et vidéo multi canaux à cinq projecteurs. 

Livrer sa vulnérabilité

L’artiste a recueilli plus d’une dizaine de témoignages dévoilant le contexte dans lequel diverses chutes accidentelles humaines prennent formes. Ces récits sont projetés sur le plancher de la salle, à l’intérieur de formes anthropomorphiques gisant sur le plancher comme si elles venaient tout juste d’échoir. Ce moment de vulnérabilité, après la chute, juste avant de se relever et de regagner un peu son honneur, représente en quelque sorte une petite mort. Les positions aléatoires des silhouettes humaines, dans l’œuvre de duPont, rappellent sans équivoque les tracés de cadavres sur l’asphalte que l’on retrouve dans les films d’action américains. Ils font appel à cet imaginaire filmique et évoquent ainsi l’indice qu’un drame inscrit dans la silhouette, et dont une grande part nous échappe, a bel et bien eu lieu à cet endroit.


La chute n’est pas un nouveau thème pour les arts actuels. Tout près de nous, je pense au projet « La chute : corps poétique/corps politique » organisé par le collectif We Are Not Speedy Gonzales (Éric Bertrand et Constanza Camelo) regroupant une dizaine d’artistes via le centre Dare-Dare en 2004. Depuis 2001, ce collectif a créé une multitude d’événements-performances explorant ce thème dans l’espace public, par exemple, lors de la Manif d’art 3 de Québec. 


Pendant la Manif, ils tombent un peu partout dans Québec, 
leur installation retransmet en direct le bruit de leurs chutes.

Alors que dans le travail de We Are Not Speedy Gonzales, la chute volontaire est perçue comme une force, un droit du corps à « s’abandonner à la gravité » à tout moment, la chute involontaire de duPont est davantage perçue comme une vulnérabilité face à une force terrestre indélébile. Cette expérience est inévitable, dès le tout jeune âge, elle fait partie du processus d’apprentissage de la marche. Elle se dote toutefois d’une couche supplémentaire de vulnérabilité à l’âge adulte. Qui ne l’a pas déjà expérimentée? Qui n’a jamais vécu le moment de tension vif et éphémère que génère la chute au sein d’une situation banale?

Dans son projet Web, Chantal duPont poursuit sa collection de récits de chute que les internautes lui envoient par le truchement d’une webcam ou par écrit. L’expérience singulière de la chute, vécue normalement comme quelque chose d’extrêmement intime, devient une expérience collective. Le projet ressemble à un exutoire. Un certain humour se dégage des témoignages, car, chuter ou voir une chute engendre sur le coup, chez la victime comme chez le spectateur, une sorte rire nerveux. Mais lorsque l’événement a déjà eu lieu, qu’il est raconté au passé, le rire peu se défaire entièrement de la culpabilité. 


Le témoignage et la confession sont des aspects que l’on retrouve fréquemment dans le net art (à ce sujet, je vous renvoie aux travaux de Joanne Lalonde). L’idée de rassembler des témoignages de vulnérabilité par le truchement d’une Webcam et de les diffuser ensuite sur le site me rappelle fortement un projet de net art intitulé Crying While Eating dans lequel, tel que le titre l’indique, les internautes sont invités à fournir des vidéos d’eux-mêmes alors qu’ils pleurent en mangeant. 



Dans ce cas-ci, c’est la vidéo elle-même, le geste qu’elle impose qui place l’internaute dans une situation vulnérable : celle de potentiellement se ridiculiser. Dans le cas du récit de la chute, il y a quelque chose de restaurateur, comme si le fait de raconter sérieusement et de manière « officielle » sa chute délivre la « victime du ridicule de cet incident.
Sublimer la vulnérabilité 

La partie la plus importante de ce projet consiste en une projection vidéo à cinq projecteurs avec son multi canal. Trois moments, trois espaces, se côtoient dans cette oeuvre vidéographique. D’abord, il y a cette multitude de gens qui, à tour de rôle, nous regardent et nous récitent leur chute. Le rapport est hyper frontal et d’autant plus confrontant que les « personnages’ sont à échelle humaine, ce qui donne l’impression qu’ils partagent un peu notre espace. Puis tout à coup, plus rien ne se déroule à l’écran. Le son surround envahit la pièce et engendre son propre monde d’images, fictif : nous ne sommes plus dans l’écoute du récit de l’événement, mais dans son moment présent à lui. Nous sommes transportés dans le passé, au moment de tension, juste avant la chute. Celui-ci est accentué par les bruits ambiants, mais aussi par la musique (Robert Bastien).
 
Vient finalement le moment de la chute. L’image réapparait. Celui qui récite son histoire est remplacé par un performeur, un danseur qui mime la chute elle-même avec toutes les subtilités formelles que le corps déploie lorsqu’il tombe accidentellement. Un chorégraphe est donc intervenu dans le processus de reconstitution des chutes (Paul-André Fortier). Ces dernières nous sont dévoilées au ralenti et à grande échelle, les corps gigantesques glissant d’un écran à l’autre, jusqu’à ce qu’ils atteignent celui qui se trouve à nos pieds. À ce moment, le corps effondré regagne une échelle humaine, il redevient le corps du narrateur de la chute.  Durant la chute, le corps du performeur se trouve dans une sorte de non lieu où tout est encore possible, un non lieu où le temps disparaît pour une petite éternité. N’est-ce pas là l’expérience commune de la chute?
Avec cet projet monumental, l’artiste, qui a remporté le Prix Bell Canada d’art vidéographique en 2006, réaffirme sa place de Queen de la vidéo d’art au Québec. Rappelons ici sa courageuse et touchante vidéo intitulée Du front tout le tour de la tête dans laquelle elle se met en scène alors qu’elle subit les multiples transformations qu’impliquent les traitements de radiothérapie. Il me semble que la chute comme « lieu » de vulnérabilité, celle des cheveux dans ce cas, est, tout comme dans l’œuvre discutée dans ce billet, sublimée. 

Le fantasme de l’immersion (ou la peur de la vulnérabilité?)

Ce projet illustre avec force la manière dont la vidéo d’art peut se développer et s’enrichir avec les technologies de pointe. Le 3D et l’immersion (un mot injustifié que l’on retrouve beaucoup trop souvent dans les descriptions d’œuvre de la programmation de la BIAN) peuvent aller se rhabiller! L’immersion est non seulement une notion qui relève purement des idées, mais elle est surtout improductive pour l’étude des arts visuels à l’heure actuelle. En fait, ce sont tous les aspects non-immersifs, par opposition aux avancés technologique dans le domaine de la science, qui permettent de problématiser les arts numériques, de les saisir pour l’expérience qu’ils nous offrent et non par un idéal, pour ne pas dire un fantasme, que nous projetons en eux. 
L’art vidéo (et les arts numériques de manière générale) n’a jamais été, à mon sens, une question d’immersion, mais plutôt une question de conscience du dispositif vidéographique, de mise à l’épreuve du corps du spectateur en tant que spectateur! Les va-et-vient entre les différentes temporalités et les différents espaces générés par l’installation vidéographique de Chantal duPont nous renvoient sans cesse à une posture spectatorielle consciente, une posture qui nous pousse à réfléchir sur notre propre présence dans l’espace. Contrairement au spectateur immergé, cette posture, résolument anti-sensationnaliste par le jeu de distance/proximité qu’elle impose,  permet une sublimation de l’expérience de la chute reposant sur une compréhension de sa complexité. 
Agora Hydro-Québec D’Hexagram-UQAM
26 avril-5mai
Mardi au Vendredi : 15h-20h/Samedi et dimanche : 12h-17h

Art @ Twitter : comment les artistes s’approprient-ils Twitter?

Toujours en quête de nouveaux médiums à explorer, manipuler ou détourner, les (net) artistes s’infiltrent partout et tant mieux! Alors que le blog fut peu exploré de manière originale, sauf ceux de JODI et Jim Punk, le Facebook Art a fait émerger que quelques projets intéressants. C’est Twitter qui, parmi les médias sociaux, semble avoir le plus inspiré les artistes! Pour certains d’entre eux, Twitter est moins un outil de promotion ou de communication qu’un média dont les particularités (instantanéité, brièveté, tweet s’inscrivant dans des flux d’information) leur permettent de créer des expériences inusités. Puisque la twittérature a fait l’objet de quelques études ponctuelles depuis plusieurs années, il n’en sera pas question ici. Je décline l’art @ Twitter en trois catégories malléables et non exclusives (sans avoir la prétention de faire le tour de la question) : du glitch à la figuration, dérives et maximes.

(Cliquez sur les images pour mieux les voir et lire les tweets : désolée, l’erreur vient de blogpost!)

Du glitch (défaillance informatique) à la figuration

Bien plus qu’une esthétique de l’erreur informatique, le glitch se pose comme une éthique ayant pour prémisse de faire voir les dispositifs qui sont à l’origine de nos modes de perception des technologies numériques. Ces imperfections se présentent comme des ruptures dans la transmission linéaire de l’information. Si le glitch peut être perçu comme une erreur contraignante, le sentiment négatif qu’il génère fait ici place à une expérience personnelle et intime du média social! Je remarque que, sur Twitter, le glitch n’est jamais bien loin de la figuration!

 

 

Sur Twitter, le roi du glitch est sans aucun doute Jim Punk, net artiste infiltrant le Web depuis toujours sous un pseudonyme. Celui-ci possède plusieurs comptes Twitter dont le plus connu est @jimpunk, mais celui qui m’intéresse ici est son compte @crashtxt. L’artiste a de plus créé un site afin de permettre à tous de générer des « crash text »!




On peut comprendre comment de tels tweets engendrent une rupture dans un fil Twitter alimenté d’informations pratiques, de nouvelles et liens. Parmi les glitch tweeters » (il y en a désormais beaucoup), @happydesigner font parfois de petits bijoux :

@sk8monkey donne l’impression de tweeter les yeux fermés :

@Reteris a su créer sa propre facture saccadée et un peu agressive rappelant parfois le code morse :

On reconnaît le style de @jtwinedotcom avec ses fameux petits carrés entrecoupés de chiffres :

Les patterns de @sex (l’artiste a dû faire vite pour réussir a obtenir ce nom Twitter!) simulent la censure :

Les tweets de @unifaces ressemblent de prime abord à du glitch qui se transforment en petits visages sous nos yeux :


@104Artist est passé maître dans l’art de créer de grosses figures avec si peu de caractères :

Mais dans le type figuration rien ne bat les personnages que font vivre les tweets comic de son autre compte @TWITCOMICSTRIP :

@tw1tt3art fait dans la figuration, mais aussi dans le gros lettrage :

@naoshim140 impressionne pour la complexité des images créées :

Pour continuer l’exploration des tweets du type figuration et en constater l’abondance, je vous conseille fortement le #twitterart. Toutefois, la majorité des artistes n’ajoutent pas le # puisque celui-ci laissent moins de caractères pour la « tweet oeuvre » en tant que telle, mais aussi parce qu’il anéantie l’effet de rupture dans votre fil twitter en fournissant une explication.

Dérives

Twitter est le lieu parfait pour dériver à la Guy Debord comme pour délirer, c’est-à-dire, pratiquer une altération imaginaire de la réalité. Encore une fois, la frontière entre les deux attitudes peut être poreuse et, bien que je m’attarde à des pratiques artistiques, cette tendance s’inscrivant dans la quotidienneté se retrouve un peu partout sur Twitter.

Sous le #dérive on retrouve régulièrement les tweets d’un projet entamé par @victoriawelby et @benoîtbordelau auquel s’est joint « un nombre indéfini d’autres collaboratrices et collaborateurs » (j’en fais partie, bien modestement). Sur le site de @victoriawelby on y mentionne que « depuis 2011, des échanges papier, sonores et photographiques ont aussi lieu à l’extérieur du Web, de même que des échanges dans Twitter (entreposés pour la postérité). » Un lieu, une situation particulière ou bannale, voici à quoi ressemble quelques dérives twitteriennes textuelles (parce qu’il y a aussi des dérives twitteriennes photographiques) :


Les tweets du net artiste @markamerika sont souvent de ce type aussi. Plutôt que d’être sur le mode descriptif d’une situation extérieure, ceux-ci donnent l’impression d’explorer son mode intérieur :

Les twitpictures du net artiste @Frespech donne l’impression d’infiltrer le quotidien de l’artiste en offrant des gros plans (souvent) sur des objets banaux :

Cela me rappelle le net artiste @newrafael qui, sur son compte @RRFood écrit tout ce qu’il mange :

Si l’on peut qualifier ce genre de pratiques de dérives, on voit comment l’assiduité de l’artiste transforme la pratique en une forme de délire (entendre ce terme de manière positive), c’est-à-dire, comme une représentation de la réalité qui devient imaginaire par le simple fait de mettre l’accent sur un phénomène en particulier. Si bien des gens parlent de leur quotidien sur Twitter, les artistes qui le font avec un tel sérieux et une telle constance poussent le phénomène au point de le rendre absurde comme pour nous y faire réfléchir.

Maximes

Une autre forme de délire se déguise sous des maximes tweetés par des artistes, la formule brève de twitter étant tout indiquée pour ce genre de pratique. Les maximes, plutôt absurdes, viennent créer dans notre fil twitter ce que j’appelle des petits espaces conscients. Parmi les pros de la maxime, notons l’artiste contemporaine @jennyholzer déjà bien connus pour ses « truisms » qui ont fait leur apparition sur le Web et dans le monde sublunaire :

@sebastiencliche crée des malaises en tweetant des sortes de prescriptions décontextualisées qui s’érigent en maximes absurdes :

Les tweets de @SolangeTeParle ont l’allure de prédictions astrologiques créatives :

La maxime twitterienne, tout comme le glitch ou la dérive, apparait comme une rupture dans le fil twitter. Celle-ci fait réfléchir parce que son message est ouvert à une multitude d’interprétations et que son absurdité, s’il en est une, n’est jamais totale. Elle donne l’impression de toucher à une petite vérité.

Ma préférée!

De tous les comptes art @ twitter, mon préféré est sans aucun doute celui de la poète @melissabroder! Je relis toujours ses tweets plusieurs fois pour leur beauté inusité (belle laideur, parfois), l’extraordinaire imagination qui leur donne forme et qu’ils génèrent ainsi que pour les fortes et divergentes émotions qu’ils me font vivre en si peu de caractères!

Je retweet régulièrement du art @ twitter ici : @patty0green!

 

Bloguer pour l’abondance

Petit texte très spontané présenté lors de la table-ronde « le blogue vu de l’intérieur » organisée par Simon Brousseau http://soubresaut.wordpress.com/ et Bertrand Gervais http://cenestecritnullepart.nt2.uqam.ca/ avec Daniel Grenier http://sthenri.wordpress.com/, Amélie Paquet http://mmelovecraft.livejournal.com, Geneviève Pettersen http://madamechose.com et Myriam Daguzan Bernier http://mamereetaithipster.com

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Image : scrivle.com

Ça fait plusieurs fois que je parle ou que j’écris à propos de blogs, de manière formelle ou informelle, et je me suis donné le défi d’aborder le sujet sous un angle différent à chaque fois. À mon avis, ce qui caractérise le blog est avant tout son caractère insaisissable parce qu’il peut appartenir à n’importe qui, mais aussi parce qu’on peut lui donner n’importe quelle direction et on peut changer cette direction spontanément. Autrement dit, le blog est synonyme de « on fait ce qu’on veut ».

J’ai envie d’aborder l’écriture sur les blogs avec une notion que je trouve super importante et qui est en lien avec l’aspect insaisissable du blog. Cette notion est l’abondance. L’abondance des blogs, des idées sur les blogs, mais surtout l’abondance dans le processus d’écriture du blog lui-même. Je crois pouvoir affirmer que, ces temps-ci, j’écris presque tout le temps. J’écris compulsivement pour ne pas être bloquée, car cette sensation m’est insupportable. Que ce soit des articles, un journal intime, des tweets, ma thèse ou des chansons country : j’écris. Mes blogs font partie pour moi de cet acte d’écrire en continu.

J’ai commencé la rédaction de mes deux blogs dans le but d’accompagner l’exercice ardu de la rédaction de ma thèse. Mon blog effet de présence pourrait être qualifié de blog académique puisque les réflexions qui s’y trouvent sont similaires à ce que l’on retrouvera dans ma thèse. Mon blog Patty est une exploration d’une extension identitaire, un blog dans lequel je m’amuse à mettre l’accent sur des déséquilibres, des situations déstabilisantes de la vie. Les deux blogs me permettent une liberté dans l’écriture que je ne trouve pas ailleurs, une liberté qui s’exprime entre autres dans l’exploration des différentes écritures médiatiques que le Web rend possible. Il est certain que j’utilise beaucoup le texte, mais j’y écris aussi avec des images, des vidéos, des jeux de couleurs, des gifs animés.

Il peut sembler étrange de constater que, sur mes blogs, je privilégie la quantité plutôt que la qualité. Toutefois l’abondance, c’est la quantité perçue comme quelque chose qui ne se dénombre pas vraiment. Plus j’écris, plus j’ai des idées, plus j’ai envie d’écrire. Puisque la majeure partie de mon travail, de mes loisirs et de ce que je dois faire pour mes études en ce moment requièrent l’écriture, je veux avoir envie d’écrire à tout moment. Privilégier la quantité plutôt que la qualité est une manière pour moi de garder un flux actif. Dans un tel flux, on s’en doute, tout n’est pas intéressant. Tel que Penelope Trunk, blogueuse active et ex net artiste, le mentionne: « if you can’t cope with a high degree of irrelevance, blog is not for you ». J’endosse complètement cette affirmation. Toutefois, il me semble que même dans un flux rompu et peu actif, tout n’est pas intéressant non plus.

On me demande parfois si bloguer ne me prend pas trop de temps et d’énergie, du temps que je pourrais consacrer à ma thèse, par exemple. C’est le contraire. Cet investissement est loin d’être synonyme de gaspillage de temps et d’énergie. Je remarque que plus j’écris ma thèse, plus je blogue et non l’inverse. S’il y a abondance sur mes blogs, il n’y en a pas moins ailleurs, car quand le flux est actif, il est actif partout. Bloguer c’est surtout se créer un espace, voire de l’espace. Se créer de l’espace, telles que mes lectures en astrophysique me le révèlent, ça sauve du temps et ça donne de l’Énergie.

Bloguer, c’est aussi lire en abondance. Je ne fais pas une scission bien nette entre écrire et lire dans la blogosphère, c’est un dialogue continu avec les autres blogueurs. Je lis beaucoup de blogs, je commente quand j’ai le temps et je réponds toujours aux commentaires laissés sur mon blog. En fait, je suis une vraie jaseuse de blogs. Je suis toujours motivée à transformer n’importe quel fil de commentaires en chatroom délirant. Aussi, je rebondis parfois de manière plus ou moins explicite sur les billets des autres. cela me donne moins l’impression d’interagir dans la blogosphère, mais plutôt l’impression de participer à un flux d’idées, d’encourager leur circulation.

Ainsi, je ne connais pas ce blogueur narcissique et dont parle Geert Lovink l’un des théoriciens éminents du blog. Là où l’on voit du narcissisme, je vois du partage. Je suis toujours impressionnée par la générosité des blogueurs que je lis. C’est ça qui me fait le plus tripper. Tel que je le mentionne dans la description de mon blog « effet de présence », j’ai l’impression d’inscrire mes textes et mes réflexions dans une économie du don. Je me réfère ici moins à Marcel Mauss qu’à Lewis Hide qui écrit à propos de la manière dont certaines formes d’écriture ou d’art peuvent engendrer une économie de partage, l’auteur n’exigeant pas une réciprocité immédiate ou future. Bloguer me permet ainsi de maintenir une abondance dans mon écriture mais aussi de faire partie d’une abondance que je trouve extrêmement stimulante.

Une Cowgirl au Wild Wild Web

 

Samedi dernier, lors de l’émission La Sphère diffusée sur la Première chaîne de radio-Canada, Matthieu Dugal faisait spontanément le lien entre le Web vernaculaire (première partie) d’Olia Lialina (vieux sites Web avec des gifs animés, des liens bleus et des fonds quétaines) et les sites Web « country ». Je me disais tout haut : « Good catch, Matthieu Dugal! » Je fais le même lien en tant que cowgirl urbaine qui magazine ses vêtements sur des sites Web Country. Je fais aussi le parallèle en tant que thésarde qui s’intéresse à un vieux Web, celui dont l’esthétique comme le contenu appartenaient au monde plutôt qu’au tenant des plateformes du Web 2.0.

Alors que les sites du Web vernaculaire des indigènes et des barbares sont confinés dans les derniers résultats des moteurs de recherche, repérables presque uniquement par une fouille archéologique dans les archives Web, les cowgirls et cowboys de ce monde parviennent toujours à offrir une esthétique Web 1.0 à leur site Internet. Ils « rident » le Wild Wild Web sans le savoir! Viens faire un tour, j’t’emmène!

Les liens bleus, ce n’est pas un caprice, c’est la base :

Dans les deux cas suivants, les boutons de réseaux sociaux Web 2.0 se présentent comme de véritables anomalies :

Le site de la Fondation Historique des Cowgirls est magnifique :

Mais rien ne bat « les pages Web de Diane Morin » qui nous accueillent avec de la musique et des gifs animés

Ça vaut la peine de naviguer sur le site, car l’expérience, haute en couleurs, se poursuit avec les polices ombragées et autres éléments la sorte :

Et, comme toute bonne cowgirl du Wild Wild Web, Diane aime qu’on lui écrive personnellement!

Diane Morin a eu de l’aide pour son site Web, c’est pourquoi elle remercie bien chaleureusement et personnellement Ti-bout dont le site Web nous accueille avec un classique du Web 1.0 : « Bienvenue chez moi » (Hello World, en anglais) :

Et sur lequel, on retrouve le fameux fond étoilé animé :


Ces gens n’ont pas idée à quel point leur site est précieux à mes yeux. Pourquoi? Parce qu’ils l’ont fait avec leur coeur! Bon, bon, bon, que vous allez me dire. Je vous le dis! La musique country, c’est la musique du coeur. Patrick Normand l’a dit, bon! Et la musique du coeur se substitue ici au Web du coeur! Le Web 1.0, c’est le Web du coeur, c’est pour ça qu’il est sauvage!


Il faut le dire, je suis une cowgirl urbaine. Je suis née en ville et je n’ai pas l’intention de mener un troupeau de vaches! Et il y en a une qui sait de quoi j’ai l’air sur un cheval et j’espère qu’elle gardera le secret à tout jamais. Être cowgirl, c’est simplement reconnaître la wildness qui sommeil en chacun de nous, dans notre coeur, et de la mettre à la vue de tous, ce que le Web 1.0 permettait de faire avec plus de facilité que le Web 2.0.

Il faut voir chez moi la notion de « cowgirl » comme une métaphore dont l’image principale repose sur un nomadisme intellectuel dû à un caractère sauvage.


A Modern Cowgirl is adventurous confident and strong. She is a free spirit and true to what she believes.


Récemment, on me reprochait de ne pas avoir su distinguer le véritable net art d’un art folklorique sur le Web. En tant que Cowgirl du Wild Wild Web, j’ai répondu ceci :


Cœur, trippes (guts), créativité et connaissance : la cowgirl tente de trouver une juste articulation de ces éléments. Évidemment, la cowgirl ne saurait plaire à tout le monde, mais elle préfère grandement porter des bottes que de lécher des bottes, ça va de soi!


Top 10 net art 2011

Alors que les journalistes et blogueurs révèlent leur coup de coeur « arts visuels » pour 2011, je remarque, comme toujours, l’absence marquée du net art et des arts hypermédiatiques parmi les rétrospectives. Formes d’art pourtant foisonnantes, ses artistes, théoriciens, promoteurs et curateurs sont les grands oubliés de 2011! Alors que les frontières du net art sont de plus en plus partagées avec celles de la vidéo en ligne, de la musique en ligne, du design graphique, des réseaux sociaux et autres manifestations virtuelles, mon pari est que l’intérêt pour les formes artistiques émergentes sur le Web ne fera que grandir au fil des années à venir. De mon côté, je continuerai, plus que jamais, à réfléchir, écrire, communiquer à leur sujet.

Voici donc mon top 10 net art 2011 :

1-SPAMM : Le Super Art Modern Museum (Musée des arts super modernes). Créé en 2011, il s’agit d’un site, d’un musée, d’une oeuvre collective etc. C’est aussi un manifeste affirmant que l’art super moderne est « LE mouvement qui se lève depuis 10 ans aux quatre coins du web et des nouvelles technologies ». L’expo, très amusante à explorer, regroupe des oeuvres de JODI, Françoise Gamma, Angelo Plessas, Mr Doob, Rosa Menkman, Jeremy Bailey, Petra Cortright, Grégory Chatonsky et bien d’autres incontournables du net art!


2-Rafael Rozendaal, artiste de neen art (non art + screen) des plus productifs à l’heure actuelle, mérite bien le numéro deux de ce top dix, plus particulièrement pour son oeuvre falling falling (2011) qui parvient, avec presque rien, à me procurer un vertige constant. Soulignons sa présence extraordinaire sur Twitter @NewRafael et @RRFood « everything I eat, I tweet » durant toute l’année 2011.


3-Le Guerrilla Fanshop de Mouchette est, à mon avis, un événement marquant pour les arts hypermédiatiques cette année tant pour son originalité que pour sa qualité. Le classique du net art Mouchette (1997) de Martine Neddam est un personnage qui a marqué l’imaginaire de plusieurs d’entre nous. Dans ce Fanshop en ligne et tangible, on y vendait temporairement les objets et gadgets de Mouchette : macarons, t-shirt, fanzine, bracelet, trousse de maquillage : porter du net art devient presque un manifeste par les temps qui courent!

4-On connait généralement Olia Lialina pour ses magnifiques essais en ligne sur ce qu’elle appelle le Web vernaculaire (à lire à tout prix si vous ne connaissez pas!), ses gifs animés et ses oeuvres de net art. Véritable artiste, historienne et théoricienne de l’esthétique Web, son travail se manifeste de plus en plus à travers des actions archivistiques en ligne. Son projet courant, entamé en 2011, One Terabyte of Kilobyte Age: Digging through the Geocities Torrent faisant revivre de vieilles pages défuntes du Web mérite d’être souligné pour son caractère historique comme esthétique.


5-Le projet remixthebook du net artiste Mark Amerika est définitivement un incontournable de l’année 2011. Il s’agit d’un projet en ligne, mais aussi d’un livre dans lequel l’artiste invite les théoriciens et autres artistes à participer en le remixant sous toutes les formes médiatiques possibles. C’est, à mon avis, le projet hypermédiatique impliquant les réflexions les plus actuelles sur l’art et la théorie de l’art à l’ère des technologies numériques et de la culture remix. Notons également le compte Twitter et le blog, à l’image du projet, alimentés par une nouvelle personne à chaque semaine.


6-2011 a été marqué par le décès du célèbre théoricien Marshall Mcluhan. L’exposition de net art Medium_Massage 2.0 An Infinite Inventory par Year Zero One est, à mon avis, l’un des plus bel hommage qu’on lui ait rendu. En regroupant des oeuvres de net artistes, on tente de répondre à la question suivante : comment les théories prophétiques de Mcluhan sont traduites par une génération d’artistes submergés par les technologies numériques et dont le travail se situe au coeur du tournant culturel prédit par le théoricien dans les années soixante. Fascinant!


7-Mon coeur a complètement chaviré à la lecture/visionnement du dernier livre graphique de Paul D. Miller aka DJ Spooky That Subliminal Kids : The Book Of Ice. C’est un livre mais surtout une expérience hypermédiatique, donc qui se lit au bord d’un ordinateur ou d’un iPhone. Il contient une panoplie de liens (sous forme de code) qui portent l’imaginaire de l’Antarctique bien au-delà des mots par le truchement de vidéos, d’affiches, de sons et d’images. Tel un archéologue, le DJ s’est rendu dans ce lieu sans appartenance et nous traduit son expérience d’une manière qui représente, pour moi, LE nouveau paradigme pour la recherche (universitaire) et le livre de manière générale.


8-Dans la foulée des événements et déclinaisons du mouvement Occupy Wall Street qui ont marqué l’année 2011, l’oeuvre hypermédiatique Occupy the URL est simple, mais efficace! Ce projet transforme les sites Web de notre choix en une manifestation en faisant apparaître, sur le site en question, un mash up de manifestants d’Occupy Wall Street! Je vous laisse le découvrir si ce n’est pas encore fait…


9-J’ai été agréablement surprise par le projet hypermédiatiques Autour de Saint-Tite réalisé par l’ONF en collaboration avec le journal Le Devoir. La qualité des images, des témoignages, des sons, de la musique, de la navigation et l’authenticité qui traverse le projet de manière générale ont profondément touché « l’âme Western en moi ». Je suis d’accord avec la prémisse du projet « la culture country est un incontournable de la vie moderne au Québec »! La rencontre du Web et du Country, est, il faut le dire, ma spécialité en tant que cowgirl du Wild Wild Web et je crois que cette rencontre est extrêmement bien articulée dans cette oeuvre à caractère historique.


10-Je voudrais souligner, afin de terminer sur une note bien positive, le fait que le Répertoire des arts et littératures hypermédiatiques du Nt2 a été honoré au Gala des OCTAS 2011 (Mention coup de coeur). Ce Répertoire, qui continue de croître à l’heure actuelle, propose plus de 3700 œuvres d’art et de littérature hypermédiatiques, et vise à représenter les productions actuelles en arts et en littératures sur Internet. Une chouette manière de découvrir les oeuvres hypermédiatiques : à vos claviers!

J’aurais pu faire un top cent, tellement ce « milieu » artistique est productif et paradoxalement oublié.


Voeux 2012 : des arts hypermédiatiques dans les journaux, à la radio, à la télévision, sur les blogs, dans les galas (petit clin d’oeil à l’AGAC ici) afin que les acteurs, mais surtout les artistes de ce milieu foisonnant deviennent autre chose que des effets de présence dans le milieu des arts visuels 😉

La blogosphère : au-delà des convenances (actualisé-voir fin du billet)

 

J’ai toujours trouvé que les blogueurs Penelope Trunk et James Altucher formaient un couple, comme si quelque chose les unissait spécifiquement dans la blogosphère. Leurs blogs hyperpopulaires se répondent constamment bien que les auteurs ne fassent pas directement allusion l’un à l’autre. Enfin, jusqu’à aujourd’hui…

Aujourd’hui, Altucher publiait un billet de blog intitulé « Dear Penelope » en réponse au billet troublant de celle-ci « The Psychology of Quitting ». Dans ce billet, l’auteur, ex-net artiste qui créait sous le pseudonyme Adrienne Eisen (voir cette entrevue que j’ai menée avec cette femme extraordinaire) écrit d’entrée de jeu : « I am at a hotel. I think I’m dying. I have a bruise from where the Farmer slammed me into our bed post ». Une photographie de ses fesses et de ses jambes, nues, dévoile l’ecchymose que le « farmer », ce « personnage » que l’on reconnaît comme son compagnon de vie, lui a fait…Une fois de plus! L’auteur y écrit à propos de la violence qui se trouve au cœur de ses liens affectifs et, cela, depuis son enfance. Cette médiatisation d’un événement de sa vie au moment même où il se déroule ne va pas sans rappeler son tweet dans lequel elle écrivait qu’elle se trouvait en salle de réunion et qu’elle était en train de faire une fausse couche. Celui-ci avait choqué les Etats-Unis, coast to coast.

Si certains se plaisent à justifier ce dévoilement sans borne de l’intimité qu’opère Penelope Trunk sur son blog par le fait qu’elle soit atteinte du syndrome d’Asperger, je crois qu’il s’agit d’une lourde erreur. Je lis beaucoup de blogs et il est loin d’être rare de retrouver un tel dévoilement. Celui-ci se fait souvent avec beaucoup de maladresse. Il ne faut pas entendre « maladresse » comme un défaut ici, car ce qui me touche, dans la blogosphère, c’est justement cette « maladresse ». Rares sont les lieux où il est permis de manquer de tact. Le « sens de la mesure » s’effrite souvent au clavier de l’ordinateur et, bien que cela peut être dangereux, dans certains cas, cette absence d’inhibition me charme. Parfois, il n’y a rien de plus libérateur qu’un comportement déplacé, c’est-à-dire, un comportement qui ne respecte pas les convenances. Convenir, c’est être conforme à ce que l’on attend de nous pour plaire, pour répondre au désir des autres. Il n’y a pourtant rien de plus déplaisant que la convenance constante chez quelqu’un…

Certains pourront trouver qu’il est triste, voire pathétique de lire ceci : « I think my closest relationships in my life are with my kids and with you, the person reading my blog. » Bien au contraire, je trouve cela très beau et sans le vivre complètement, je le comprends pourtant. Environ 400 personnes lui ont écrit pour la supporter. James Altucher, sur son propre blog, lui a répondu ceci : « Dear Penelope, you are welcome to stay with Claudia and me if you and yours need it. And if you really think you are dying and for some reason don’t want to call a hospital you can call me. Or your kids can call me ». Pourquoi le faire publiquement? Ce n’est pas très convenable, n’est-ce pas? Parce que, à mon avis, cela fait toute la différence de soutenir Penelope Trunk publiquement dans sa démarche.

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L’écriture de Penelope Trunk tout comme cette photographie qui accompagne son billet relèvent d’une autre forme de tact que celui du sens de la mesure. C’est un tact que Penelope Trunk, James Altucher et bien d’autres blogueurs maîtrisent à merveille, c’est-à-dire celui d’ « une sensation produite par le contact d’un objet avec la peau ». Il s’agit d’un contact intime et corporelle qui devrait nous ouvrir les yeux sur ce qui est véritablement déplacé dans la vie. Ce n’est pas le fait de se mettre à moitié nue sur son blog ni celui d’étaler sa vie privée qui sont déplacés. C’est la violence que ces actes supposément indécents dévoilent : la violence conjugale, mais encore plus la violence qu’il faille la dire d’une certaine manière, selon certaines procédures, la violence de faire une fausse couche dans un meeting déshumanisant où n’importe quelle femme se sentirait déplacée de se lever et de dire « je fais une fausse couche », c’est-à-dire la violence ô combien nocive, intrusive et destructrice des convenances.

Thank you Penelope for being who you are!

*Suite à ce nouveau billet de Penelope Trunk dans lequel elle reproche à certains commentateurs de perpétuer des préjugés sur les femmes en situation de violence, James Altucher a retiré le billet dont je parle ici (même si elle affirme l’avoir aimé). Elle défend aussi l’idée qu’en lui disant (ses fans) que ce n’est pas de sa faute, de ne pas changer, on ne lui donne pas la possibilité d’avoir un contrôle sur la situation. Enfin, même si je suis d’accord en partie, je continue de penser qu’il est dangereux de justifier cette violence comme elle le fait. J’ai décidé de laisser mon billet, même si ça ne lui plaît sûrement pas de se faire dire « merci d’être qui tu es », car je continue de penser qu’elle est une lutteuse professionnelle contre la violence des convenances!!