La mer, partout [Rachel Carson, The Sea Around Us]

Si vous êtes un amoureux ou une amoureuse de la mer et que vous n’avez pas encore lu The Sea Around Us de Rachel Carson, il est encore temps de remédier à la situation. Sachez toutefois que le livre est daté (1951), que vous en apprendrez peu sur les réchauffements climatiques, sur la fonte des glaciers ou encore sur l’acidification des océans. Même s’il est bourré de données scientifiques, ce livre fait autre chose que de nous informer. Il cherche à nous émerveiller et à nous connecter à cette mer; il nous offre un voyage au coeur de ce monde vaste et merveilleux, « a world that, in the deepest part of our subconscious mind, we had never wholly forgotten »: un lieu qui nous a donné la vie.

On construit des maisons, des immeubles, des routes sur la terre ferme, cela devient notre monde. On oublie peut-être que cette terre ferme ne représente que 30% de la surface de la planète. On occulte le fait que, dans la longue histoire de notre petite planète, les continents ne sont rien d’autre que des « intrusions of land above the surface of the all-encirling sea ». Carson nous enveloppe à nouveau dans la mer de nos origines et brise peu à peu nos illusions. Dans le ventre de cette mer, la vie grouille, les montagnes s’élèvent fièrement et c’est extrêmement bruyant!

La plume unique de l’auteure, comme toujours, attise notre imagination. Carson souhaite sans doute ouvrir nos sens sur ce qui leur est inaccessible. Ces gigantesques chaînes de montagnes plus massives que les Rocheuses, bien ancrées dans le « deep sea » de l’Atlantique, nous ne pourrons jamais les gravir. Nous voyons bien la pointe d’un sommet former une île dans les Açores, mais leur immensité se dérobe à notre regard. Que dire de ces volcans en éruption? « There are probably as many active volcanoes under water as on land ». À quoi ressemblent-ils? Comment imaginer cette noirceur propre aux fonds marins qui n’a rien à voir avec notre noirceur terrestre et que seuls ceux qui s’y sont aventurés peuvent comprendre?

Le titre prend tout son sens lorsque Carson nous entretient sur les traces laissées par la mer sur la terre ferme: « though you may be a thousand miles inland, you can easily find reminders that will reconstruct for the eye and ear of the mind of the processions of its ghostly waves and the roar of its surf, far back in time ». La mer est partout, insiste l’auteure, il faut simplement ouvrir les yeux un peu plus grand et activer notre imagination. Notre regard sur le monde change au fil de la lecture et, avec lui, la conscience s’éveille : non seulement nous venons de la mer, mais « at any moment the process might be reversed and the sea reclaim its own ». Ceci est encore plus réel aujourd’hui, alors que le niveau de la mer monte dramatiquement.

Rachel Carson a appris le langage des vagues qui, selon elle, parlent depuis des millions d’années. Elle nous entretient sur la manière dont elles se forment au loin et se fracassent non loin de la rive. Elle nous parle de ces vagues qui annoncent la tempête et de celles, moins inquiétantes, qui sont créées par un vent plus doux au cœur de cette masse d’eau. Parce qu’on peut bien faire nos Moïse et séparer les eaux: « there is no water that is wholly of the Pacific or wholly of the Atlantic, or of the Indian or the Antartic.[…] It is by the deep, hidden currents that the oceans are made one ».

On entend toutes sortes de choses et de mythes sur les marées. Carson nous donne l’heure juste tout en pointant vers le mystère que représente cette force à laquelle « no drop of water in the ocean, not even in the deepest parts of the abyss » ne peut échapper. Elle nous fait prendre conscience du lien qui unit la Terre au cosmos. Au-delà de la lune et du soleil, « there is a gravitational attraction between every drop of sea water and even the outermost star of the universe ». Quand même fascinant sachant que nous sommes constitués en grande partie d’eau (65%). Comment faire comme si de rien n’était? Comment se croire au centre de l’univers et ignorer le lien qui nous unit à celui-ci?

***

Déjà, en 1951, Carson parle de réchauffements climatiques éminents. Elle démontre avec l’éloquence qu’on lui connait la relation entre le climat et les courants marins :« For the globe as a whole, the ocean is the great regulator, the great stabilizer of temperatures ». Accolés au pied du mur, on s’intéresse de plus en plus aux différents enjeux et conséquences des réchauffements climatiques. On s’informe, on annonce perpétuellement la catastrophe, on montre son découragement, on sort ses grands principes, mais agissons-nous davantage? Agissons-nous mieux? Trouvons-nous des solutions dans notre quotidien alors que nous sommes enroulés dans notre petit confort? J’en doute fort…

Je crois évidemment en l’importance de s’informer, mais la connaissance, si elle n’est pas connectée ou si elle ne fait qu’éveiller la peur, ne change malheureusement pas en profondeur les mentalités. Rachel Carson a compris que la meilleure manière de préserver la nature, c’est de tomber en amour avec elle et que, pour tomber en amour avec quelque chose, il faut que cette chose occupe une grande place dans notre imaginaire. Voilà ce que ce livre fait: une grande place pour la mer dans nos imaginaires. Car il ne faut pas se méprendre, l’empathie, ce sentiment moteur de changement, est aussi une faculté imaginative…

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