Postdoc DIY

L’année dernière, je m’étais promis une année remplie d’aventures, c’était une sorte de résolution. J’ai tenu ma promesse. Je suis allée dans les bois un nombre incalculable de fois (car c’est ce que représente l’aventure pour moi). De ce désir de me retrouver dans la nature le plus souvent possible et d’y amener les enfants, est né le blogue Les pieds dans la bouette que je co-rédige avec mon chum. J’y parle de mes petites escapades en nature dans l’espoir peut-être d’inspirer un peu les autres. C’est aussi parce que l’écriture a toujours été pour moi une manière de vivre pleinement les moments de ma vie, de prendre le temps de comprendre l’effet qu’ils ont sur moi. J’y rédige des commentaires sur mes lectures qui, dernièrement, se sont orientées vers le naturalisme: cette « science » fabuleuse qui mériterait qu’on lui enlève ses guillemets. Surtout à l’heure des réchauffements climatiques!

J’avais sans doute besoin de me grounder, de sentir de la terre sous mes pieds. Faire un doctorat, ça nous coupe un peu de notre corps. Enfin, pour moi, ça a eu cet effet-là. Contrairement à la plupart de mes collègues, j’ai été incapable de remplir les demandes de bourses pour le postdoc lorsque s’achevait mon Doctorat. Même lorsqu’il fut terminé, j’avais besoin de recul. Pour l’instant, du moins. C’est peut-être parce que je crois en une pensée qui n’est pas seulement dans la tête, mais qui résonne (et raisonne) dans tout le corps, qui se déploie dans l’action, qui va vers les autres. Je crois en une intelligence qui n’est pas seulement intellectuelle, mais aussi (et peut-être surtout) visuelle, sonore et tactile. Je recherche une sorte d’équilibre dans tout ça.

Plus récemment, je me suis réinvestie dans ma « carrière » d’historienne de l’art que je ne perçois plus tout à fait de la même façon. À un moment, il y a quelques années, je voyais tellement d’expos que j’en étais saturée. J’aime l’art, mais je n’aime pas tout ce qui se fait actuellement au Québec. C’est normal, me direz-vous, mais des fois, on se laisse prendre dans quelque chose qui ressemble à du prestige. Écrire sur l’art a pris un sens plus profond pour moi. Je ne veux pas écrire lorsque ça ne me touche pas. Je ne veux pas aller voir quelque chose qui ne m’inspire pas. Je ne veux pas me forcer à ressentir quelque chose que je ne ressens pas. Je suis plus soucieuse de ne pas me retrouver en conflit d’intérêts aussi minime soit-il. Je n’ai plus peur de dire ce que je pense. Le milieu culturel québécois a grandement besoin d’être assaini et je ferai tout en mon pouvoir pour ne pas contribuer à son caractère incestueux.

Je me suis demandé si j’allais fermer ce petit blogue. Comme j’écris sur l’art un peu partout ailleurs et que je suis parvenue à le faire aussi librement que je le faisais ici, je vois un peu moins l’utilité de poursuivre. En même temps, j’ai encore plein de choses à explorer du côté de la sémiologie. Je rêve d’écrire de longs textes sur la sémiologie de la nature (même si ça n’existe pas encore). D’ailleurs, je crois qu’un premier cours de sémiologie à Montréal devrait toujours se donner au Mont-Royal, là où l’on peut traquer les animaux et interpréter le comportement des éléments qui forment notre monde environnant. Après, on pourra parler de sémiologie des arts visuels! Ce sera pas mal plus groundé.

J’écris aussi d’autres affaires: de la création, comme on dit (comme si écrire sur l’art n’était pas de la création!), sous un pseudonyme. Je compte bien continuer dans cette voie. C’est plus fort que moi (et que les critiques littéraires): j’écris et j’aime que mes textes soient publiés, qu’ils engagent un dialogue. Le sentiment de connexion que cela me procure est précieux. Je cherche donc à aménager ma vie pour pouvoir écrire. Quand je dis « écrire », il faut aussi et surtout entendre lire (des livres: toutes sortes de livres!), explorer le monde (même tout près de chez moi), écouter les autres, faire de belles rencontres, accueillir la différence, voir des œuvres d’art, aller dans la nature et contribuer à ce que le monde soit plus respirable. En fin de compte, pour moi, écrire, ça veut dire « vivre à fond ». Alors, si on reformule, j’aménage peu à peu ma vie pour pouvoir la vivre à fond.

Bientôt, j’apprendrai à faire des jardins, à tailler des plantes, à identifier les maladies des arbres, à faire germer des pousses… J’apprendrai le nom des organismes vivants en français, en anglais et en latin. Je porterai des bottes avec des caps d’acier pis un tablier. Je me mettrai les mains dans la terre, tous les jours. En ce sens, je crois que je suis en train de me faire un postdoc sur mesure, sans me soucier du titre que porte cette chose que je suis en train d’entreprendre pour développer ma pensée, pour pouvoir écrire, pour me sentir vivante. Il y a un moment dans la vie où il faut cesser de dire que les choses devraient être autrement. Oui, c’est le moment où il faut faire son propre chemin pour mieux agir dans le monde avec ce qu’on est et avec ce en quoi on croit.

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