Conquistadoras de l’inutile [Traversée de Charlevoix]

On soupait ensemble cet été avec nos petites familles respectives et je lui ai lancé spontanément quelque chose comme « Hey! Viens-tu faire la Traversée de Charlevoix avec moi cet automne? » pis elle répondu avec enthousiasme « BEN OUI! ». On a organisé ça à distance, elle à partir de Gaspé, moi à partir de Montréal; on a paqueté nos affaires pis on l’a faite (certificat à l’appui et j’en suis presque aussi fière que mon Phd ;))

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Pour ceux et celles qui ne connaissent pas la Traversée de Charlevoix, ça représente une semaine de marche dans le back country de cette magnifique région du Québec. Ça se fait aussi en ski de fond et en vélo de montagne. Il y a plusieurs forfaits, le moins dispendieux étant celui de partir en autonomie. On porte alors sur son dos ses bagages, toute sa bouffe et ce qu’il faut pour traiter l’eau des lacs, des rivières, des ruisseaux. On a choisi cette option parce que c’est le fun, ce genre de petit défi et on a payé l’extra pour qu’ils amènent mon pick up à la sortie du sentier.

On dort dans des refuges qui sont super bien situés et vraiment chouettes avec leur poêle à bois et leurs lumières au propane. C’est une bonne manière de ne pas avoir à gérer le froid all the way comme en camping parce que maudit qu’il faisait frette la semaine dernière (notez les paysages hivernales ci-bas)! On superposait les couches dès qu’on s’arrêtait pour manger: laine mérinos, polar, doudoune, imper (dans cet ordre). On a eu de la neige et de la pluie verglaçante sur 10 km où l’on négociait chacun de nos pas. La difficulté d’une longue randonnée est souvent moins liée aux dénivellations qu’aux conditions météorologiques et, pour ça, on a eu de beaux défis.

Le raid, comme on l’appelle, s’étend sur 105 km. La première journée, on n’en fait que cinq, puis ça s’équilibre entre 15 et 21 km par jour (c’est surtout du 20km, en fait). On traverse le superbe Parc national des Hautes-Gorges-de-la-rivière-Malbaie. Lorsque la brume ne nous donnait pas l’impression de marcher sur la lune, les sommets nous offraient des vues imprenables sur les montagnes.

Je ne peux m’empêcher de parler de l’omniprésence des lignes d’hydro, des immenses pylônes électriques que l’on suivait tout au long de notre parcours (on en devient presque frustrée de ne pas avoir accès à l’électricité ;)). M’enfin, c’était plus cocasse qu’autre chose ce « Wow, comme c’est beau…Oh! Mais regarde, encore les lignes d’hydro! » chaque fois qu’on prenait le temps de regarder le paysage.

Lorsqu’on s’aventure hors des parcs nationaux (où la nature semble intacte), il devient évident que la forêt appartient à l’industrie, à la chasse et aux installations hydroélectriques. Je pense que c’est bon de voir les vraies affaires, d’en prendre conscience. Pour le reste, le sentier est bien balisé. Les petits ponts sont un peu fatigués par endroits, donc on a vraiment eu les pieds dans la bouette, mais ça faisait partie de l’aventure!

Il y a eu ces moments de grâce : un orignal qui s’enfuit à pleines pattes sur le sentier, un castor qui navigue dans son système de mini-lacs avec sa branche entre les dents ou encore un lièvre planté devant le refuge et à qui j’ai refusé de donner ma seule carotte. La nuit, en sortant dehors pour aller aux toilettes (entendre : bécosse), le ciel, dépourvu de la pollution lumineuse qui contamine dorénavant même les campagnes les plus reculées, était spectaculaire.

L’aventure s’est terminée devant une poutine à Sait-Siméon (la courte existence de cette poutine fut de 30 secondes), en attendant le bateau de mon amie qui repartait pour Gaspé. Je ne sais pas grand chose dans la vie, mais je sais que c’est euphorisant de marcher toute la journée dans les montagnes et le froid pour s’endormir près d’un poêle à bois après une petite séance de yoga et un bon repas SURTOUT PAS LYOPHILISÉ*. Tout au long de cette aventure, je me rappelais cette citation du très bon documentaire 180 degrees South où on parle du grimpeur comme d’un « conquistador of the useless ». Voilà ce que nous étions pour une semaine : des vraies de vraies conquistadoras de l’inutile!

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*Je suis anti-repas-lyophilisé et je rédigerai prochainement des billets sur les repas plein air faits maison, déshydratés ou non, mais légers pour le transport et qui donnent de l’énergie plutôt que l’impression de s’injecter du sel directement dans les veines.

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3 commentaires sur “Conquistadoras de l’inutile [Traversée de Charlevoix]

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