Sur la défensive

*Warning : psychopop décomplexée.

N’est-ce pas ce qu’on apprend le mieux à l’université? (Oui, je suis obsédée par mon expérience universitaire aux études supérieures). On élabore savamment nos défenses, on les polit, on se convainc qu’elles sont saines et nécessaires. On arrive déjà là avec un bouclier pis on développe le reste de l’armure. On fait ça avec plein de fioritures. Esti qu’on fait dur!

Je pensais à ça parce que je suis en train de lire le classique de Janov, Le Cri primal (*à lire avec un grain de sel, voire une salière au complet) qui fait un genre de pied de nez à la psychanalyse en affirmant qu’une personne saine est une personne sans défense. Ça me fait réfléchir, parce qu’il n’y a pas pire sensation de crispation intérieure que celle d’être sur la défensive. Quand je vois des gens sur la défensive, ça me rebute aussi, je veux dire, ça ne m’inspire pas confiance.

J’ai de plus en plus de difficulté à réfléchir dans cet état de crispation. Je trouve cela non seulement hyper douloureux physiquement, mais j’ai aussi l’impression que ce n’est pas du tout transformateur. Je pense à tout ça en préparant ma soutenance. 😉

Selon Janov, les défenses existent pour protéger un moi irréel et toxique. On crée une scission pour se protéger, une névrose que la thérapie du cri primal permettrait de guérir. À moins que nous soyons réellement en danger, quand on se défend, selon Janov, on se défend de quelque chose qui vient du passé.

Je ressens ça chez les autres et j’ai remarqué que lorsque j’adopte une posture « sur la défensive », c’est que je suis en train de protéger quelque chose en quoi je ne crois pas entièrement. Quelque chose qui ne m’habite pas dans mon corps, dans mon cœur. Je tombe dans des arguments rationnels, intellectuels. Tout est sensé, mais je suis crispée. C’est comme si j’étais encore un peu prise dans une manière archaïque de penser et que je le refusais. Comme si mon coeur cherchait plus de liberté et d’empathie envers les autres et que ma tête s’accrochait à des principes. Comme si mon corps n’avait pas suivi ma pensée et ça me dérange!

Quand on est sur la défensive, on est frustré contre soi-même.

Quand on défend point par point quelque chose qu’on a dit, qu’on a fait, et qu’on rectifie tout après coup, on sait, au fond, que la chose n’a pas été bien faite. On doute et en étant sur la défensive, on occulte ces doutes.

Ça me rappelle un des mes cours de chant avec ma super prof. Cette rencontre a été déterminante dans ma vie de manière générale, mais surtout pour mes études, pour ma posture face à la théorie. J’étais très nerveuse, j’allais présenter une conférence et le contenu était plutôt expérimental et intuitif. Je lui en avais parlé. Je lui avais dit que je n’avais aucune idée de la manière dont je devais convaincre les autres et défendre mes idées, car je n’avais pas trop l’habitude de travailler avec mes guts.

Ma prof m’avait demandé si j’étais bien préparée, je lui avais répondu « bien sûr » (je suis la fille qui se prépare à n’en plus finir). Puis elle m’avait dit que je n’avais pas besoin de convaincre, mais d’habiter, voire d’assumer mes idées. Elle m’avait donné une série d’exercices vocaux et de respiration qu’elle avait développés pour ça : des sons qui résonnent jusque dans la plante des pieds. Ça ground. Des sons qui avancent, qui s’enchaînent les uns après les autres, sans jamais chercher le feedback. Je n’avais pas besoin de m’écouter, simplement d’émettre, de partager : sans autocritique, sans défense.

Attention : j’avais exercé cette autocritique en masse lors de la préparation de la présentation! Mais là, c’était le temps de parler, c’était le temps que mes idées ne m’appartiennent plus. C’était le temps de décrisper.

Il  s’est passé quelque chose ce jour-là dans mon rapport avec la théorie, et c’est comme quand je lisais Rhythm Science de Paul D. Miller : j’étais connectée. Je n’avais plus peur. Je n’avais plus de défense. Juste un grand plaisir à partager quelque chose qui m’habitait. Bon, j’ai l’air un peu ésotérique, comme d’habitude. 😉

Quand on commence à faire ça, on n’est même plus capable de revenir dans la rigidité, ça fait juste trop mal. Quand on affirme quelque chose publiquement à partir de ses propres souliers, la critique ne nous atteint pas de la même manière. Elle est accueillie comme un point de vue plutôt qu’une attaque. Surtout si les petits réacteurs radioactifs à nos propos sont eux-mêmes sur la défensive: on le voit tout de suite que ça a peu à voir avec nous.

Il ne faut pas confondre le fait de défendre des projets, d’argumenter, d’en montrer les points forts avec le fait d’être sur la défensive comme si l’on devait protéger alors qu’il n’y a pas de danger. La différence peut être difficile à identifier, je crois qu’elle est dans le feeling, c’est tellement drainant d’être sur la défensive, on est comme en mode « survie ».

Plus j’y pense, plus je trouve que les défenses, c’est aussi un problème de narcissisme. Faut vraiment se prendre pour le centre du monde pour se sentir tout le temps visée, attaquée, critiquée (je parle de moi). Cette prétendue attaque que l’on reçoit, on s’en sert au fond comme un élan pour se prouver, comme pour se remettre à l’avant-plan et « les gens qui ont des sentiments n’ont pas besoin de prouesses pour ressentir », raconte Janov. Autrement dit, sur la défensive, encore une fois, on est déconnecté et on cherche désespérément à se connecter.

Mais ça ne marche pas vraiment, alors on reste sur la défensive.

Malheureusement, selon Janov, « Il est impossible de convaincre un névrosé qu’il ne ressent pas ». La thérapie « conventionnelle » ne semble pas efficace non plus pour enrayer ce problème et je suis assez d’accord pour l’avoir vécue. En ce sens, j’ai en même temps une empathie infinie pour les « défenseurs » pris avec les surrénales qui marchent full pin dans un monde qui est alors perçu comme fondamentalement hostile. Je sais ce que c’est. Je ne prétends pas non plus m’être affranchie de toutes mes défenses, loin de là, mais je trouve l’idée de Janov inspirante, voire apaisante.

J’aime bien cette citation, elle m’apparait tellement juste, check it out :

« Ce sont les sujets qui ont superposé des couches de défenses intellectuelles raffinées (ceux qui ont cherché refuge dans leur « tête ») qui sont les plus difficiles à guérir. Les intellectuels ont principalement eu recours aux méthodes de la psychothérapie conventionnelle, mais toute méthode qui fait encore appel à leur « intellect » ne fait qu’aggraver le problème.»

C’est le temps de lâcher un ouac, tout le monde! Un cri primal, je veux dire…

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4 commentaires sur “Sur la défensive

  1. Bonsoir

    Avoir appris à se défendre « presque comme on respire », cela peut aussi être le résultat de graves maltraitances. Elles laissent de telles traces (on parle de stress post-traumatiques), que c’est plus fort que nous. Après avoir subi depuis sa plus tendre enfance des adultes manipulateurs, mal intentionnés, ça marque. Avoir fait l’expérience que de s’exprimer librement et sincèrement est d’abord l’occasion de prendre des coups, ça marque aussi. Cela teinte complètement la manière d’être au monde et de percevoir de la personne qui a subi de tels abus. Et c’est infiniment plus fréquent que ce que de nombreuses personnes croient. On peut s’en sortir, mais le chemin est compliqué, long et tortueux.

    Mais si vous pouvez vous vivre ouverte et en confiance, c’est magnifique!

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  2. Très bel article, je suis bien d’accord… effectivement, même s’il est impossible de se débarrasser de toutes ses défenses (d’ailleurs je ne pense pas que ce serait profitable, on a quand même un instinct de survie ^^), il faut en avoir conscience et doser correctement la chose… l’expérience du chant est intéressante à ce titre !

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