Des animaux morts et des idées dans tous les coins du musée #bnlmtl2014 #macm

Éric Clément signait ce matin un article intitulé « La Biennale des idées » à propos de la nouvelle édition de la  Biennale de Montréal qui commençait aujourd’hui : bien dit! Du moins en ce qui a trait aux oeuvres présentées au Musée d’art contemporain de Montréal. C’est une exposition où j’aurais envie de m’asseoir longuement avec mes cahiers pour réfléchir, écrire et visionner encore et encore les (trop?) nombreuses projections qui truffent le parcours dans le musée. L’art engagé est mis en vedette dans cette Biennale qui a pour thème L’Avenir et pour laquelle la plupart des œuvres sont riches en réflexions sur l’environnement et la technologie, mais aussi sur la politique et l’art de manière générale.

Tout en saluant vivement la richesse intellectuelle des œuvres (wow!), je me suis demandé à quel point le grand public allait apprécier la visite. Mais on peut certes déambuler à sa guise dans cette portion de la Biennale, en se laissant porter par les images, les installations et les sons qui exercent sur nous leur attrait. Le parcours est tout sauf linéaire et la cohésion est tellement forte qu’elle cimente l’ensemble des œuvres de l’exposition peu importe l’ordre dans lequel nous les expérimentons. Chapeau!

Image tirée du site de la Biennale de Montréal : http://bnlmtl2014.org/artistes/babak-golkar/

D’entrée de jeu, j’ai cru que l’œuvre Time to Let Go de Babak Golkar, des escaliers de briques mis à notre disposition pour aller crier dans une énorme cruche, donnerait le ton. Or, pas du tout! On se retrouve plus souvent qu’autrement dans une posture de spectateur traditionnelle, ce que, personnellement, j’apprécie. Dans notre quotidien, nous sommes constamment en interactivité. Ici, on prend le temps de se poser et d’entrer dans l’univers de chacun des artistes qui, disons-le, ne nous prennent pas toujours par la main et c’est tant mieux.

Image tirée du site de la Biennale de Montréal : http://bnlmtl2014.org/artistes/abbas-akhavan/

J’ai particulièrement aimé les nombreux « clashs » générés par la mise en exposition. Je pense, par exemple, aux animaux empaillés de Abbas Akhavan (Fatigues, 2014) qui trainent littéralement dans les racoins du musée! Les cerfs, oiseaux et renards morts ne font pas  que nous surprendre, ils ajoutent à notre interprétation des œuvres qu’ils côtoient. Ils envahissent l’espace neutre entre les œuvres et engendrent une fracture dans l’espace de représentation des oeuvres elles-mêmes. Par leur présence prégnante, ils nous engagent davantage en tant que corps dans cet espace, ce qui contrebalance merveilleusement les projets plus cérébraux.

Image tirée du site de la Biennale de Montréal : http://bnlmtl2014.org/wordpress/wp-content/uploads/2014/07/2LaProvidence.jpg

Parlant de clashs, je pense également au travail d’Emmanuelle Leonard (La Providence, 2014), ces vidéos-portraits de religieuses engagées et actives que sont les Sœurs Grises (entre autres). Sur le coup, on a presque l’impression de se tromper de salle, mais le décalage enrichit le parcours et l’oeuvre apporte son propre point de vue sur les avancées technologiques et, surtout, sur ce que représente l’engagement dans la société, dans la vie.

Mes 5 coups de cœur :

Image tirée du site de la Biennale de Montréal : http://bnlmtl2014.org/wordpress/wp-content/uploads/2014/08/02_Terrebonne_02.jpg

1-Les oeuvres vidéos d’Isabelle Hayeur, poétiques et troublantes, montrent des paysages détériorés par les déchets, les voitures, les désastres. Si le sujet semble être un cliché à la lecture, les méditations vidéographiques d’Hayeur sont toutes singulières en ce qu’elles ne portent pas de jugement. Il s’agit plutôt d’un regard esthétique plein d’espoir sur une nature qui continue de se mouvoir malgré les petites et grandes catastrophes. Bref, un regard tourné vers l’avenir.

Image tirée du site de la Biennale de Montréal : http://bnlmtl2014.org/wordpress/wp-content/uploads/2014/08/02_GAINES-Black-Panther.jpg

2-Manifestos de Charles Gaines (2008) offre une expérience pénétrante de quelques fragments tirés de plusieurs manifestes dont celui des Black Panthers et de l’Internationale Situationniste. Les textes ont été traduits en signes musicaux et forment ainsi une mélodie. Une trame de fond un peu tragique se fait entendre alors que nous lisons des extraits des manifestes sur de grandes partitions disposées sur le mur. Un moment de lecture que j’ai trouvé tout particulièrement marquant…

Image tirée du site de la Biennale de Montréal : http://bnlmtl2014.org/wordpress/wp-content/uploads/2014/08/01.jpg

3- Eternity (2014), ce vaste rideau sinueux en acier inoxydable de Nicolas Baier est imposant et vertigineux. En le parcourant, je me suis dit que mon corps n’avait pas été mis à l’épreuve d’une manière aussi forte depuis ma visite des installations de Richard Serra au musée Bilbao. Il faut dire que le grand cerf mort étendu juste à côté de l’œuvre ajoute à cette mise à l’épreuve, mais l’oeuvre en elle-même a un je-ne-sais-quoi de monumental !

Image tirée du site de la Biennale de Montréal : http://bnlmtl2014.org/wordpress/wp-content/uploads/2014/07/1.Skawennati-Production-Still-Face-off-72dpi.jpg

4-Le machinima de Shawennati, une série d’épisodes de science-fiction intitulés Time Travellers et créés dans Second Life, dénote un travail de réalisation assez phénoménal. Il met en vedette Hunter, un Mohawk de Montréal  à la recherche d’une alternative à « l’Amérique du Nord surmédiatisée et hyper consommatrice« . L’artiste a recréé les scènes des confrontations entre les autochtones et les blancs. Les voix et le son animent les personnages et leur confèrent un charisme surprenant, surtout quand on sait à quel point cet environnement de synthèse est limité. Une oeuvre forte!

Image tirée du site de la Biennale de Montréal : http://bnlmtl2014.org/wordpress/wp-content/uploads/2014/07/1.SD-13_xxx10.jpg

5-L’œuvre All You Need is Data de Simon Denny opère une reconstitution ironique du congrès de Digital Life Design en nous obligeant à défiler dans une structure métallique truffée de tableaux. Ces derniers rappellent des genres de laminages des années ’80, ce qui apparait complètement décalé par rapport à l’objectif du congrès qui se veut innovateur. L’oeuvre donne ainsi l’impression que les fameux statements sur les nouvelles technologies et la communication sont  vides, mais surtout qu’ils sont l’invention d’une élite complaisante. Il s’agit d’une critique aussi nécessaire qu’universelle à l’ère de l’engouement pour des événements comme C2Montréal!

Bon, je dis « mes 5 coups de coeur », mais il n’y a pas de navet dans cette composante importante de la Biennale de Montréal !  Comptez au moins trois heures pour apprécier les œuvres en profondeur, et encore, c’est un peu court : il y a du stock, comme on dit. Et devant tout cet art engagé, comme coincé entre les murs aseptisés du musée, on ne peut que rêver d’une étroite collaboration entre des artistes et des urbanistes pour la prochaine édition, mais il me reste à visiter les 12 autres sites avant de me prononcer définitivement à ce sujet !

Au Musée d’art contemporain jusqu’au 4 janvier 2015. Le mardi, de 11h à 18h. Du mercredi au vendredi, de 11h à 21h. Le samedi et le dimanche, de 10h à 18h. 185 Rue Sainte-Catherine Ouest, Montréal, QC H2X 3X5

Site Web de la Biennale de Montréal 2014

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