Art @ Twitter : comment les artistes s’approprient-ils Twitter?

Toujours en quête de nouveaux médiums à explorer, manipuler ou détourner, les (net) artistes s’infiltrent partout et tant mieux! Alors que le blog fut peu exploré de manière originale, sauf ceux de JODI et Jim Punk, le Facebook Art a fait émerger que quelques projets intéressants. C’est Twitter qui, parmi les médias sociaux, semble avoir le plus inspiré les artistes! Pour certains d’entre eux, Twitter est moins un outil de promotion ou de communication qu’un média dont les particularités (instantanéité, brièveté, tweet s’inscrivant dans des flux d’information) leur permettent de créer des expériences inusités. Puisque la twittérature a fait l’objet de quelques études ponctuelles depuis plusieurs années, il n’en sera pas question ici. Je décline l’art @ Twitter en trois catégories malléables et non exclusives (sans avoir la prétention de faire le tour de la question) : du glitch à la figuration, dérives et maximes.

(Cliquez sur les images pour mieux les voir et lire les tweets : désolée, l’erreur vient de blogpost!)

Du glitch (défaillance informatique) à la figuration

Bien plus qu’une esthétique de l’erreur informatique, le glitch se pose comme une éthique ayant pour prémisse de faire voir les dispositifs qui sont à l’origine de nos modes de perception des technologies numériques. Ces imperfections se présentent comme des ruptures dans la transmission linéaire de l’information. Si le glitch peut être perçu comme une erreur contraignante, le sentiment négatif qu’il génère fait ici place à une expérience personnelle et intime du média social! Je remarque que, sur Twitter, le glitch n’est jamais bien loin de la figuration!

 

 

Sur Twitter, le roi du glitch est sans aucun doute Jim Punk, net artiste infiltrant le Web depuis toujours sous un pseudonyme. Celui-ci possède plusieurs comptes Twitter dont le plus connu est @jimpunk, mais celui qui m’intéresse ici est son compte @crashtxt. L’artiste a de plus créé un site afin de permettre à tous de générer des « crash text »!




On peut comprendre comment de tels tweets engendrent une rupture dans un fil Twitter alimenté d’informations pratiques, de nouvelles et liens. Parmi les glitch tweeters » (il y en a désormais beaucoup), @happydesigner font parfois de petits bijoux :

@sk8monkey donne l’impression de tweeter les yeux fermés :

@Reteris a su créer sa propre facture saccadée et un peu agressive rappelant parfois le code morse :

On reconnaît le style de @jtwinedotcom avec ses fameux petits carrés entrecoupés de chiffres :

Les patterns de @sex (l’artiste a dû faire vite pour réussir a obtenir ce nom Twitter!) simulent la censure :

Les tweets de @unifaces ressemblent de prime abord à du glitch qui se transforment en petits visages sous nos yeux :


@104Artist est passé maître dans l’art de créer de grosses figures avec si peu de caractères :

Mais dans le type figuration rien ne bat les personnages que font vivre les tweets comic de son autre compte @TWITCOMICSTRIP :

@tw1tt3art fait dans la figuration, mais aussi dans le gros lettrage :

@naoshim140 impressionne pour la complexité des images créées :

Pour continuer l’exploration des tweets du type figuration et en constater l’abondance, je vous conseille fortement le #twitterart. Toutefois, la majorité des artistes n’ajoutent pas le # puisque celui-ci laissent moins de caractères pour la « tweet oeuvre » en tant que telle, mais aussi parce qu’il anéantie l’effet de rupture dans votre fil twitter en fournissant une explication.

Dérives

Twitter est le lieu parfait pour dériver à la Guy Debord comme pour délirer, c’est-à-dire, pratiquer une altération imaginaire de la réalité. Encore une fois, la frontière entre les deux attitudes peut être poreuse et, bien que je m’attarde à des pratiques artistiques, cette tendance s’inscrivant dans la quotidienneté se retrouve un peu partout sur Twitter.

Sous le #dérive on retrouve régulièrement les tweets d’un projet entamé par @victoriawelby et @benoîtbordelau auquel s’est joint « un nombre indéfini d’autres collaboratrices et collaborateurs » (j’en fais partie, bien modestement). Sur le site de @victoriawelby on y mentionne que « depuis 2011, des échanges papier, sonores et photographiques ont aussi lieu à l’extérieur du Web, de même que des échanges dans Twitter (entreposés pour la postérité). » Un lieu, une situation particulière ou bannale, voici à quoi ressemble quelques dérives twitteriennes textuelles (parce qu’il y a aussi des dérives twitteriennes photographiques) :


Les tweets du net artiste @markamerika sont souvent de ce type aussi. Plutôt que d’être sur le mode descriptif d’une situation extérieure, ceux-ci donnent l’impression d’explorer son mode intérieur :

Les twitpictures du net artiste @Frespech donne l’impression d’infiltrer le quotidien de l’artiste en offrant des gros plans (souvent) sur des objets banaux :

Cela me rappelle le net artiste @newrafael qui, sur son compte @RRFood écrit tout ce qu’il mange :

Si l’on peut qualifier ce genre de pratiques de dérives, on voit comment l’assiduité de l’artiste transforme la pratique en une forme de délire (entendre ce terme de manière positive), c’est-à-dire, comme une représentation de la réalité qui devient imaginaire par le simple fait de mettre l’accent sur un phénomène en particulier. Si bien des gens parlent de leur quotidien sur Twitter, les artistes qui le font avec un tel sérieux et une telle constance poussent le phénomène au point de le rendre absurde comme pour nous y faire réfléchir.

Maximes

Une autre forme de délire se déguise sous des maximes tweetés par des artistes, la formule brève de twitter étant tout indiquée pour ce genre de pratique. Les maximes, plutôt absurdes, viennent créer dans notre fil twitter ce que j’appelle des petits espaces conscients. Parmi les pros de la maxime, notons l’artiste contemporaine @jennyholzer déjà bien connus pour ses « truisms » qui ont fait leur apparition sur le Web et dans le monde sublunaire :

@sebastiencliche crée des malaises en tweetant des sortes de prescriptions décontextualisées qui s’érigent en maximes absurdes :

Les tweets de @SolangeTeParle ont l’allure de prédictions astrologiques créatives :

La maxime twitterienne, tout comme le glitch ou la dérive, apparait comme une rupture dans le fil twitter. Celle-ci fait réfléchir parce que son message est ouvert à une multitude d’interprétations et que son absurdité, s’il en est une, n’est jamais totale. Elle donne l’impression de toucher à une petite vérité.

Ma préférée!

De tous les comptes art @ twitter, mon préféré est sans aucun doute celui de la poète @melissabroder! Je relis toujours ses tweets plusieurs fois pour leur beauté inusité (belle laideur, parfois), l’extraordinaire imagination qui leur donne forme et qu’ils génèrent ainsi que pour les fortes et divergentes émotions qu’ils me font vivre en si peu de caractères!

Je retweet régulièrement du art @ twitter ici : @patty0green!

 

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