Colloques universitaires : propositions pour un colloque adapté au corps humain.



Commençons cette petite réflexion douteuse avec des fleurs, même si elle a commencé avec le pot, c’est-à-dire, par une séance d’échanges de réflexions aussi critiques que générales avec mon copain, doctorant en sociologie du sport.

Les colloques universitaires sont des « sessions » intensives, des lieux éphémères de réflexions et de discussions approfondies concentrées en une courte période de temps. Cette intensité crée toujours une double réaction en moi. La première (pas dans l’ordre véritable) est une impression d’avoir créé de beaux liens et que le « séjour » fut hyper enrichissant, surtout dans les interstices (repas, sorties, périodes de questions). La deuxième est l’exaspération qui se traduit par « bon, une affaire de faite » au lieu de « wow, je le referais tout de suite ».

Durant les colloques, j’ai souvent des petits élans de la pensée qui sortent de nulle part du type « mais qu’est-ce que je fais ici, elle est pas ici la vie? » ou encore « mais qu’est-ce qu’ils racontent tous, à quoi ça rime? » ou encore « j’en peux plus, je veux aller jouer dehors! » ou encore « personne n’écoute » et finalement « suis-je la seule à débuzzer en ce moment? (qui veut aussi dire : suis-je à ma place?) »

Tout est dans la formule, je crois. Voici les éléments malsains que j’y ai identifiés :

1-Enfermés toute la journée dans une salle où, plus souvent qu’autrement, il n’y a pas de fenêtre. Pourquoi infliger une telle prison pour le corps? Croit-on que la pensée pourra mieux s’épanouir?

2-Les chaises sont généralement hyper inconfortables. Correctes pour quelques heures, mais inacceptables pour toute une journée. Encore une fois, l’inconfort physique pour le bien de l’esprit?

3-La fameuse lecture de la communication. Le texte permet de garder un flot, mais il y a plusieurs manières de lire. Une communication est une interprétation. Certaines lectures me donnent l’effet de recevoir des coups de marteau au centre de la tête (une autre forme de torture physique pour le bien de la pensée?)

4-L’horaire « jampack » 9 à 5, 12 communications. 12 communications = 12 univers! Les bons présidents de séances sont ceux qui sont suffisamment autoritaires et concentrés sur leur chronomètre pour faire taire le conférencier après vingt minutes, coûte que coûte.

5-Le facteur de la nervosité. Incontournable, l’être humain ressent une certaine forme de danger à parler en public. Toutefois, le reste de la formule n’aide pas à rendre cette nervosité normale ou amusante. Elle empêche la bonne « réception » des autres communications et la fatigue qu’elle entraîne, après, produit le même effet.

6-L’apocalypse de la fin de journée. L’air abattu, les grosses cernes, on se regarde : « c’était intéressant, hein? » « oh oui, très intéressant ».

Oui, c’était intéressant, mais…On est mort!

Cette formule du type bootcamp (d’ailleurs, plusieurs colloques ont adopté ce nom) est propice à la création de liens et d’échanges. En fait, plus elle est intense et souffrante, plus les liens sont forts et enrichissants. J’ai réalisé cet effet lors d’un colloque en Roumanie dont les journées s’étendaient de 7h le matin à 9h le soir : on s’aimait beaucoup, après, au restaurant! On était devenus comme une grande famille. On s’était tous dits qu’on resterait amis pour la vie!

 

Il est assez traumatisant de constater que cette ambiance coercitive que l’on s’inflige nous-mêmes comme une bande de masos est peut-être nécessaire pour arriver à créer de véritables liens d’empathie, une véritable proximité entre nous, les universitaires : « nous avons tous soufferts, maintenant, plus de jeux de pouvoir».

 

Propositions pour un colloque adapté au corps humain

1-Les séances de communication le matin. Power nap après le dîner. L’après-midi : activités intenses à l’extérieur qui favorisent l’empathie et le rapprochement puisqu’on en a besoin pour réfléchir ensemble. (Bungee, Saut en parachute, film d’horreur, escalade, ascension d’un sommet)

2-Les établissements universitaires pourraient acheter des coussins de chaise avec « fixations par bande auto-agrippante » (parfait pour ceux qui se tortillent tout le long du colloque) qu’ils sortiraient dans les occasions très spéciales, comme l’accueil d’un colloque.

3-Proposer d’entrée de jeu un ou plusieurs types d’interprétation de texte à explorer durant le colloque (euphorique, éploré, à la manière d’un vieil homme sur son lit de mort-quoi que celui-ci a déjà été largement exploré- ou les trois en même temps, name it!)

4-6 communications maximum et seulement le matin. Les participants d’une même séance pourraient non seulement avoir lu à l’avance les textes des autres, mais également avoir intégré certains éléments « étrangers » pour faire un lien entre leur univers et celui des autres : let’s phone other people’s home!

 

5-Séance de méditation et/ou de relaxation de groupe pour la nervosité qui aurait pour effet de dire « nous sommes tous nerveux, nous pouvons donc tous nous détendre ».

 

Pas d’apocalypse de fin de journée!

(Juste une idée comme ça)

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