Impressions sur l’art contemporain 3 : détours

Impressions sur l’art contemporain 1 et 2

L’art contemporain est un art de la découverte, du voyage aléatoire, de la surprise. Pour trouver ses perles, du moins au Québec, il faut être prêt à faire des détours à la fois géographiques et mentaux.



Ce guide est publié par Vie des Arts (je ne parle pas ici des expos qui font partie du guide, c’est donc un bon complément à mes petites trouvailles estivales)



Le chemin qui nous mène à l’œuvre est presque aussi important que la rencontre esthétique. Qu’aurait été l’expérience de l’exposition L’écho-l’eau de Richard Purdy à l’Espace Shawinigan si je n’avais pas nagé dans les eaux brumeuses d’un petit lac de Saint-Alexis-des-Monts le matin même?

Petit lac, Saint-Alexis-des-Monts

L’écho-l’eau de Richard Purdy, Shawinigan



L’expérience aurait sans doute été tout aussi extraordinaire, parce qu’avoir les pieds dans l’eau durant une visite d’expo, C’EST EXTRAordinaire, mais elle aurait été différente, car inscrite au sein d’une autre trajectoire. Si l’art contemporain ressemble à un parcours dans ma vie, il s’apparente à une sorte de labyrinthe brodé par Anouk Desloges. Un labyrinthe de forme circulaire dans lequel il n’y a que des détours et pour lequel la mort est moins un aboutissement qu’une toile de fond.



Psycho shèmes, Anouk Desloges, Baie-Saint-Paul (Carrefour culturel)



Ces labyrinthes nous offrent plus que de l’interactivité, mais des parcours mentaux sous forme de miroirs. L’interaction et l’interactivité ne se limitent pas à la fonction technique ou technologique permettant la répercussion de nos gestes dans une œuvre ou dans son parcours. C’est plutôt une force de l’œuvre, de son propos, qui, en gravant nos mémoires sensibles, modifie notre propre parcours en partie à notre insu. Ça ne relève pas de la « monumentalité » de l’oeuvre, mais plutôt de sa subtilité à faire son chemin dans notre imaginaire et à y rester pour toujours.

It won’t shake the world, it won’t kill a soul, it won’t fire a gun, ah, but you’ll remember it to the day you die, you’ll lie there breathing your last, and you’ll smile as you remember the book.

John Fante, Ask the Dust, 1939

L’idée d’interactivité m’intéresse simplement du point de vue théorique, car elle est métaphorique d’une expérience plus profonde, celle de l’oeuvre « en devenir ». Si l’on veut saisir la notion d’ « art contemporain », il faut la comprendre ainsi, dans son mouvement temporel passé qui s’actualise sans cesse comme une expérience in progress.

Symposium international d’art contemporain de Baie-Saint-Paul, Les conteurs (les artistes ont un mois pour faire une oeuvre, leur atelier se trouve dans l’aréna de la ville, ouverte au public!)



Depuis longtemps l’histoire de l’art rejette le point de vue de l’artiste, son psychisme, ses intentions. Mais je suis devenue historienne de l’art pour entrer dans des ateliers et étaler mon propre atelier, partager des univers, comprendre des intentions. Jamais je n’aurais pensé que le fait de faire de la peinture ou de la création m’éloignerait de mon rôle d’historienne de l’art et que ma formation d’historienne de l’art me camperait du côté de la théorie. Je le porte avec moi, l’art, sur moi, qu’il soit en théorie ou en pratique. D’ailleurs je suis devenue une vraie fan des macarons du Symposium international d’art contemporain de Baie-Saint-Paul :



Et je suis heureuse que l’atelier de la tatoueuse Émilie Roby ait trouvé sa place dans cette « expo » d’art contemporain, sous le regard choqué de plusieurs spectateurs!



Les plus courageux ont bien voulu offrir une partie de leur corps comme support d’inscription. J’ai l’impression que la nature intentionnelle de l’artiste et celle de l’historien sont sensiblement similaires. Elles reposent toutes deux sur cette notion d’inscription : entre le vouloir inscrire quelque chose quelque part et le vouloir s’inscrire dans l’histoire.





Balmori Associates, Making Circles in The Water, Jardin de Métis, 2011

Mary Miss, Battery Park (NY), 1973

Le savoir d’historienne de l’art me permet d’inscrire l’écho entre les œuvres d’art. C’est là, à mon avis, que se vit la véritable interaction, la possibilité d’agir à partir de l’oeuvre d’art. Le pouvoir limité et contrôlé proposé au coeur du déroulement d’une œuvre d’art m’apporte souvent bien peu… Je n’ai pas envie que l’on me propose des limites, car je m’oriente selon mes propres balises. L’une d’entre elle est la présence, je suis obsédée par la présence.





Je n’aurais pas connu les fantômes de ce photographe, ni le lieu d’exposition étrange de Cap-à-l’Aigle si je ne m’étais assise sur le coin droit de la table qui fait dos à la magnifique vue et face au flyers posés au mur à l’Auberge du Balcon Vert, car c’est à ce moment que le mot « Présence » sur un Flyer s’est mis à m’intriguer.



Intrigue = détour.



Je n’ai pas envie de « consommer » de l’art contemporain, de faire des comptes-rendus de « productions artistiques » ou de participer à une œuvre d’art. J’ai simplement envie que l’art demeure ce qu’il a toujours été pour moi, c’est-à-dire, une manière de prendre mon temps…



…parce qu’il est d’abord essentiellement un moteur à détours!

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