Impressions sur l’art contemporain (partie 2)

Impressions sur l’art contemporain (partie 1)

Au fil de mes visites d’exposition, je me rends compte que ce ne sont toujours que des fragments qui me saisissent. Et ceux-ci sont suffisants pour faire basculer l’expérience d’une exposition en entier. Certaines personnes parviennent à dire, de manière normative et avec des preuves « muséologiques » à l’appui, qu’une exposition est bonne ou mauvaise. Ce n’est pas toujours mon cas. Plus souvent qu’autrement, je repars muette. Ce n’est que quelques heures plus tard que les fragments commencent à me saisir. Ils ne laissent toujours que des impressions.

Anri Sala (au Musée d’art contemporain de Montréal : 3 février au 25 avril 2011)

De l’exposition d’Anri Sala, je pourrais vous décrire le parcours sonore de l’exposition, les univers narratifs vidéographiques, les images numériques aux espaces hétérogènes, les gants de caoutchouc qui se gonflent sous la lumière agressive des néons. Mais ce serait de contourner ce qui, pour moi, se trouve au cœur de l’exposition de Sala : le regard et le rythme. Il y a là ce que j’appelle un nœud.

Concrètement, je parle de la vidéo Answer me dans laquelle le regard l’artiste nous est montré alors qu’il est en train de jouer un beat de drum. Ne dit-on pas que l’art se trouve dans le regard que pose l’artiste sur le monde plutôt que dans les objets qu’il confectionne? Quand pouvons-nous « observer » le regard d’un artiste? Pour moi, c’était une première. Je sentais que j’avais enfin accès à ce regard, et cela, dès le début de l’exposition. Ce regard m’a suivie pour le reste de ma visite et même après. C’est un regard habité par le rythme, son rythme.


Métaphoriquement, je parle des répercussions de cette rencontre du regard et du rythme sur le spectateur. Son parcours est guidé par le son des oeuvres vidéographiques déclenchées en alternance dans l’espace. Le regard, à la rencontre des multiples drums qui se trouvent dispersés dans les salles, veut entendre quelque chose. Qu’est-ce qu’un regard qui veut entendre? Que cherche-t-il? Il cherche le mouvement : il veut voir bouger les baguettes posées sur chacun des drums. Il va même jusqu’à les imaginer.


En écho au regard diligent de Sala, on rencontre le regard évasif du saxophoniste de jazz Jemeel Moondoc en train d’interpréter un solo (Long Sorrow). À mesure que la musique s’intensifie, la caméra se dirige sur le visage, puis elle forme un gros plan sur les yeux du musicien.


Troublant. Je ne me souviens pas de la dernière fois où j’ai pu contempler une telle physicalité de la musique. Ce sont de véritables impressions, celles-ci étant définies comme des marques laissées par un objet appuyé sur un autre. Est-ce le rythme qui s’appuie sur le regard ou le regard qui supporte le rythme? Cette tension est pour moi métaphorique de toute expérience de visite d’exposition. J’aime sentir qu’il y a une telle tension entre le rythme suggéré par l’exposition et celui du parcours de mon regard dans l’espace.

À suivre…


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3 commentaires sur “Impressions sur l’art contemporain (partie 2)

  1. Merci Lyne! C'est une belle exposition, mais je trouve que sa force se trouve vraiment dans les impressions qu'elle laisse, car sur le coup, je ne savais pas quoi en penser…Ça m'a pris un peu de temps avant de trouver les mots 😉

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