Suicide virtuel


J’en rêve. Je m’explique.

L’autre jour, un collègue présentait son site de commissariat de Net art : The Discrete Identity. Le dernière pièce du corpus dont il a été question était Seppukoo, un site qui permet de commettre un suicide, en bonne et due forme, de son identité Facebook. Il y a toute une procédure et le site se charge de vos amis. J’ai entendu dire qu’on ne mourrait jamais sur Facebook, que toutes les données étaient à jamais conservées. Donc, évidemment, on peut ressusciter assez aisément.

Enfin, je suis certaine que ce geste suicidaire serait profondément significatif pour beaucoup de gens. Je n’ai pas de compte Facebook, au grand désespoir de plusieurs personnes, malgré toutes les autres manières par lesquelles mon identité virtuelle prend forme.

Je me demandais ce que signifiait de disparaître virtuellement. Mes blogs, MySpace et autres lieux où l’ont peut voir mon nom apparaître sur le Web participent du regard de l’autre, qui, souvenons-nous, nous regarde en train de nous regarder. Mon blog est véritablement un atelier. Mais un parmi tant d’autres. En le rendant public (l’aspect public fait partie de l’exploration, en fait), je ne suis que cela pour les gens qui me lisent et ne me connaissent pas au quotidien. Une petite extension de rien du tout, presqu’un personnage, qui n’en est pas moins important pour moi, prend toute la place. En ce sens, il représente une sorte de petit sacrifice pour lequel je laisse pour morte une large part de mon identité. L’atelier public n’est pas un atelier pour ceux qui le regardent de l’extérieur. Ce qui est pour moi une esquisse devient un produit fini, prêt pour la critique ou autres formes de commentaires. En même temps, la conscience de cet aspect me permet d’explorer d’une manière toute particulière ma créativité et mes pensées théoriques.

Parfois, je me demande sincèrement quelle serait l’expérience de faire disparaître toutes ces références. Car dans cette idée d’écrire quotidiennement sur mon blog, il y a certainement une volonté de prendre une « place », de me « protéger », mais surtout de partager, en mettant à jour mes réalisations. Il y a un double esprit dans mon acte d’écrire, celui du copy right et celui du copy left. Entre le produit et l’esquisse. Les deux idéologies se côtoient et j’espère arriver un jour à bout moi-même de ma propre copy right war mentale dont parle Lessig. Celle-ci se déroule au sein de l’univers du dépassement dans lequel j’ai encore quelques orteils. Enfin, le Web permet aisément de mettre en pratique les deux aspects.

Si j’arrive un jour, et c’est un véritable fantasme pour l’instant, à faire disparaître jusqu’à la moindre trace ma présence sur le Web, il faudra ensuite faire en sorte d’éviter que d’autres traces apparaissent. À chaque fois que je participerai à un événement public, je devrai alors demander de ne pas mettre mon nom sur le Web. Ai-je le droit? Je ne sais pas. S’il y avait un site qui rendait possible un suicide de tous mes prolongements virtuels présents et à venir, je ne serais de toute manière pas prête pour une telle chose. Mon égo ne supporterait pas le choc! Mais je rêve avec délectation d’un gros crash pan-planétaire de l’Internet. C’est un peu masochiste, je le reconnais, pour une sémioticienne du Net art…Enfin, pour cette extension identitaire particulièrement!

Comme mon collègue le mentionnait, le site Seppukoo infirme ce qu’il tente d’affirmer. En créant un tel site, il propose une nouvelle plateforme communicationnelle sur laquelle vous retrouverez votre nom : en tant que « mort virtuellement ». Cela montre bien l’impossibilité de mourir virtuellement. Cette mort symbolique crée une nouvelle extension identitaire qui perpétue le sacrifice. Toutefois le rituel Seppukoo permet de quitter les sites dévoreurs de temps et d’intimité avec honneur, car selon le site, le seul but des plateformes communicationnelles est de vendre nos relations, nos pensées, notre créativité, comme des produits. Le site nous dit, avec humour et engagement, que dans l’absence de pouvoir il faut, tels les Samouraï, tourner l’épée vers soi. C’est que le soi est quelque chose de virtuel pour eux, de toute manière!

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