De l’autre côté du miroir : Objet petit a par Devon J. Taylor et John D Cribb

Oui, encore des histoires de regards. Que voulez-vous, ça me fascine et cela, autant d’un point de vue disons psychologiques qu’herméneutique. Je ne pouvais pas ne pas écrire quelque chose au sujet cette œuvre, intitulée Objet Petit a, réalisée par l’un de mes camarades de classe Devon J. Taylor. L’œuvre, une sorte de cage de verre habitable, est « exposée » de manière temporaire, disons encore à l’état de test, au quatrième étage du pavillon des arts au fond du couloir. Évidemment, cette oeuvre est conçue pour se trouver dans le public, l’artiste pense donc l’installer sur le « market » de Boulder durant un week-end.

Le titre est ce qui a d’abord attiré mon attention. Sachant que Devon ne parlait pas un seul mot de français, je lui ai demandé le pouquoi de ce choix. Il me disait avoir vu cet enchaînement de mots dans un livre de Jacques Lacan, duquel il s’inspire beaucoup, et qu’il trouvait que cela « sonnait » bien. Je me disais, mais comment ces mots peuvent-ils se retrouver dans cet ordre précis…Ça me paraît impossible. Je n’ai pas résolu le mystère! En même temps, le titre résonne étrangement bien avec cette petite architecture.

Donc cette cage de verre transparente et limpide, qui a presque l’air d’un diamant, comporte une petite trappe pour laisser entrer le visiteur. Lorsque nous nous trouvons à l’intérieur, nous ne pouvons pas voir ce qui se trouve à l’extérieur ou plutôt, cet extérieur est un monde d’images qui reflète l’intérieur. Ce sont des miroirs. Nous devenons chacune des facettes de la structure tout en sachant que les gens qui se tiennent à l’extérieur nous regardent. N’est-ce pas la pire cage que l’on puisse concevoir? Prisonnier de notre image, la visée de tous les regards, que devenons-nous? Je suis sortie rapidement en disant « I’m scared ». On m’a demandé si j’étais claustrophobe, j’ai répondu « oui » pour ne pas avoir à expliquer quelque chose que j’avais du mal à comprendre moi-même. Mais non, je ne suis pas claustrophobe! La structure paraît très grande de l’intérieur, elle paraît même infini! C’est plutôt une phobie de l’infini alors ou peut-être que la claustrophobie est en fait une peur d’un « intérieur » infini.

Comme je le disais dans un billet précédent, je ne peux pas me regarder lorsqu’il y a quelqu’un qui me regarde en train de me regarder. L’inconfort était total. Assis au milieu de cette structure, qui est transparente pour les quelques autres collègues qui se trouvaient à l’extérieur et opaque pour moi qui se trouvais à l’intérieur, j’avais simplement envie de sortir. L’effet est ici que l’intérieur et l’extérieur deviennent complètement réversibles, en fait, ils n’existent même plus de manière distincte.

Le plus étrange advient lorsque nous nous tenons à l’extérieur et que nous croisons le regard de la personne qui se trouve à l’intérieur. Elle ne nous regarde pas, puisqu’elle ne nous voit pas. Pourtant, ses yeux sont dirigés vers nous. Un regard vide. Elle se regarde et nous pouvons la regarder à travers le miroir en train de se regarder, nous devenons, en quelque sorte, le miroir. C’est encore plus désarmant.

Site de l’artiste : http://www.devon-taylor.com/

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