Avatar 3d

Si on me demandait d’écrire le synopsis du dernier film de James Cameron, Avatar, je serais bien embêtée :

C’est l’histoire d’un marine paraplégique qui s’émancipe à tous les niveaux (amoureux, spirituel, professionnel) en investissant un avatar sur une planète nommée Pandora.
C’est l’histoire d’une guerre entre la perspective écologique des biologistes inspirée de la cosmologie des indigènes et la perspective lucrative qui trouve son aboutissement dans une logique militaire.
C’est la réactualisation d’un vieux mythe, celui de la possibilité de devenir son avatar et de vivre définitivement dans un monde virtuel.
C’est une science-fiction qui raconte l’histoire de la découverte d’une nouvelle planète à conquérir alors que la nôtre serait dépourvue d’espace vert.
C’est une expérience de cinéma 3D plus sophistiquée que les autres.
C’est l’histoire d’un être humain qui n’apprend jamais de ses erreurs. Et malheureusement, c’est l’histoire d’un monde polarisé pour lequel il existe encore le bien et le mal. Surtout, c’est l’histoire d’un américain qui sauve un monde alors que son « peuple » a lui-même engendré la misère.

Mis à part les mitraillettes, les clichés américains et la lutte écologique qui n’emploie pas tout à fait la même stratégie que le Dalaï Lama ;), le film renferme son lot de trésors et de réflexions. Malgré la grande qualité des images, des effets spéciaux et de l’animation 3D, entre les petites lunettes de carton bleu et rouge que l’on nous distribuait à Imax il y a 15 ans et les verres fumés en plastique que l’on porte pour regarder Avatar, la marge n’est pas très grande : ça fait mal aux yeux!!! Bien que Léonard de Vinci avait inventé le sfumato pour créer de la profondeur dans une image il y a déjà 500 ans, la technologie du cinéma 3D est restée avec la bonne vieille géométrie euclidienne qui date de plus de 2000 ans. Autrement dit : choisissez consciencieusement un spot dans le milieu de la salle et fixer bien le point de fuite, sinon, vous verrez les superpositions de couche d’images et quelques incongruités, tout spécialement lorsque les séquences ne sont pas de l’animation. Cela dit, j’ai adoré mon expérience. 🙂

Avatars, c’est, après S1M0ne, le deuxième film qui apporte une compréhension sensée de l’expérience de l’avatar. Pourquoi passer par les primitifs, les sauvages pour comprendre des phénomènes technologiques? Parce que cette vision cosmologique du monde correspond à notre expérience profonde de celui-ci et à toute expériences d’ailleurs.

Voici ma petite analyse de ce que le film nous dit :

1- Un monde est toujours à la fois virtuel et actuel, qu’il soit généré par ordinateur ou non. Le virtuel parle de potentialités, c’est, à l’origine, le contraire de l’actuel. Le monde représente toujours un ensemble de potentialités et est toujours un lieu d’actualité. Son actualité est le reflet de celui qui a le pouvoir de réaliser les potentialités qu’il perçoit. C’est ainsi qu’Heidegger fait la différence entre la nature et le monde. Le monde, c’est tout ce qui émerge de la terre comme potentialité actualisée par la main de l’homme (technè). Par exemple, si les potentialités perçus par les militaires de la planète Pandora venait à l’actualisation, cette planète serait détruite, car la potentialité se trouve dans le sol.

2-Un monde (dit virtuel) nécessite encore une perspective à deux niveaux pour s’actualiser :

a) au niveau pragmatique pour le spectateur : la perspective euclidienne expérimentée avec les lunettes

b) au niveau métaphorique : la perspective biologique, écologique, militaire.

2- Les actions des avatars dans le monde auquel ils participent sont actuelles, elles ont des répercussions tangibles.

3- L’avatar est concevable par la croyance en une scission cartésienne corps/esprit, mais son expérience immersive se fait par la réconciliation ou la disparition de ces deux pôles.

4- Pour investir un avatar, il y a besoin d’une connexion technologique et d’une connexion spirituelle. Pour oublier complètement la première, le dispositif, nous avons besoin d’un rituel.

5- Le rituel a plusieurs phases que l’on peut identifier ainsi :

a)La découverte (se découvrir et découvrir le monde à travers l’avatar)

b)Le jeu (maîtriser l’avatar, comprendre le monde dans lequel il se trouve, les règles, tout en gardant une attitude ludique possible par la conscience du dispositif).

c)L’engagement (prendre des risques, effectuer des échanges qui concrétisent des liens, faire des gestes qui actualisent nos perceptions de potentialités dans le monde virtuel).

d) Finalement, puisque c’est une fiction, l’entrée totale dans le corps de l’avatar (c’est le mythe). En dehors des films, ce désir n’est jamais comblé, il devient pathologique.

6-Lorsque nous investissons un avatar, les sens ne font pas que tromper, au contraire, ils élargissent les possibilités.
Cette idée est exacerbée dans le film puisque le personnage principal est paraplégique. Il apprend à vivre une connexion profonde avec la nature par l’utilisation de son avatar dont le corps est beaucoup moins instrumentalisé que son propre corps en chaise roulante et que sa propre vie en tant que marine asservi.

Bon cinéma!

Les images proviennent du site officiel du film

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2 commentaires sur “Avatar 3d

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