Souvenir d’un effet de présence : le RHPS

Comme je le disais, dans le billet précédent, la conférence tenue par Daniel Bougnoux aux journées d’étude « Effets de présence et effets de réel » aujourd’hui portait une belle réflexion sur l’expérience de l’effet de présence. Je ne résumerai pas sa conférence, mais c’était magnifique. Je veux seulement parler du fait qu’il a évoqué, au cours de son exposé, une de mes plus anciennes, mais non moins vives, expériences d’effet de présence. On sait que l’effet de présence, ce n’est pas simplement une expérience de présence, mais une expérience qui repose, entre autre, sur la conscience du dispositif médiatique. Le conférencier a évoqué, pour illustrer son propos, le Rocky Horror Picture Show. Enfin, pas le film en tant que tel, mais le fameux rituel qui l’accompagne. Comment parler du film sans parler de son rituel! J’ai trouvé cela tout à fait à propos…

J’ai commencé plutôt jeune à fréquenter les rituels du Rocky Horror Picture Show (je dirais 13 ans). Je me souviens encore de la première fois où j’y suis allée, à minuit, selon la coutume. Je suis entrée dans le cinéma sans trop savoir à quoi m’attendre. Le film a commencé et des acteurs (habillés vous savez un peu comment, sinon allez voir le film), vraiment pourris (c’est ça qui fait le charme : pas d’effet de réel!) déambulaient dans la salle. Juste avant ce beau moment, ces acteurs demandaient au non initiés de se lever. Je me souviens de cette soirée, j’étais la seule à me lever nerveusement de ma chaise en demandant à mes copains : « mais qu’est-ce qu’ils vont me faire? Pourquoi dois-je me lever? » Toute la salle s’est écriée, en regardant dans ma direction, d’aller me faire foutre, comme il est de coutume d’accueillir les nouveaux arrivés. Je ne me doutais pas que je ferais partie de la bande un jour. Bizarrement, je n’avais pas envie de partir, j’étais d’autant plus curieuse. Tous déguisés en chacun des personnages du Rocky, ils rejouaient les scènes misérablement en lip sinc. Pendant ce temps-là, un groupe d’initiés récitait des répliques délibérément vulgaires pour remplacer celles du film. Évidemment, les initiés connaissaient les matériaux nécessaires pour participer au rituel. Ainsi, lorsque Janet et Brad se marient, on reçoit du riz sur la tête, lorsqu’il pleut, on reçoit de l’eau (on est supposé avoir du papier journal pour se faire des parapluies), il faut aussi connaître la fameuse danse. Je vivais ma première expérience de cinéma interactif et j’adorais ça! Je trouvais, en plus et contrairement à ce que la coutume commande, que le film était bon. Il faut dire que le Rocky a tout de même battu le record de la plus longue sortie en salle de l’histoire du cinéma! Pourquoi? Effet de présence!

Les années passèrent et je devins rapidement une des habituées, différenciant même la vraie expérience des petites représentations que je considérais comme de pauvres tentatives ratées (parce que trop sophistiquées!). Je me souviens d’une représentation à l’Halloween, c’était dans un très grand théâtre et il fallait réserver les billets. Les acteurs étaient trop bons et les gens dans la salle étaient agressifs. Il a fallu, avec ma copine, que l’on se glisse sous nos sièges parce que la guerre de riz était terrible : le riz, c’est pour le mariage de Brad et Janet, c’est pas supposé être douloureux. Il fallait que ça reste kitsh, mais surtout, qu’on se rende bien compte que nous nous trouvions dans une salle de cinéma et que nous regardions un film : c’était important. À chaque fois, c’était une expérience singulière, l’actualisation du rituel était toujours modelée par le public, l’endroit et les acteurs. J’étais donc fascinée, d’une fois à l’autre. Plus tard, au CÉGEP, j’ai initié une de mes copines qui avait une voiture, ce qui nous a permis de faire l’expérience en dehors de Montréal et donc, de ne pas avoir à attendre le mois d’octobre pour voir notre midnight movie : quelle joie!

Au fil du temps, je n’ai malheureusement pas pu convertir d’autres gens à cette expérience, de sorte je n’y pensais même plus, jusqu’à ce que ce théoricien en parle pour illustrer l’effet de présence.

Ce qui me plaisait de ce rituel, ce n’était pas la sophistication d’un dispositif, l’illusion d’une présence ou l’immersion, mais plutôt la conscience accrue du dispositif, l’absence d’illusion et l’envers d’une immersion qui asservit. L’expérience de l’effet. Outre le divertissement, c’était un moteur de réflexion, une prise de conscience sur le monde.

Pour un Rocky près de chez vous, utilisez le moteur de recherche
: http://www.rockyhorror.com/

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