Les Soundsuits de l’autre Nick Cave : "le danseur ne porte-t-il pas son oreille dans ses orteils" (Nietzsche)

Lors de mon passage à San Francisco, j’en ai bien sûr profité pour visiter quelques galeries et centres d’art. Étrangement, je ne suis pas très musée, je préfère ces petits endroits où il n’y a pas la volonté de conserver, mais simplement de diffuser ce qui prend au tripes d’un commissaire d’exposition! L’exposition de Nick Cave (pas le musicien, mais l’artiste-danseur), Meet me at the Center of the Universe, se tenait au centre d’arts interdisciplinaires (Yerba Buena Center for the Arts). C’est toujours impressionnant de voir comment un artiste travaille avec acharnement les fibres textiles. L’expo comprenait trois salles. La première contenait les photographies de l’artiste portant certains de ces soundsuits. Ce sont des costumes, dont les couleurs, les textures et les formes rappellent je ne sais trop quels habits portés lors de rituels dits primitifs. Enfin, c’est l’image, un peu réductrice, qui se répercute dans mon esprit lorsque je les vois. Ces costumes semblent être conçus pour être en mouvement constant et produisent des sons étonnants que l’on peut découvrir dans la deuxième salle. Celle-ci présente de la vidéo-projection. Des gens portent les costumes de Cave et dansent de telle sorte à créer non seulement un rythme, mais une forme de mélodie. Les danseurs semblent être dans une sorte de transe qui nous emportent aussi, les spectateurs au milieu des projections vidéo. Les mouvements sont comme enracinés dans le sol, on sent bien comment les pieds sont à l’origine de ceux-ci, mais aussi de la musique : « le danseur ne porte-t-il pas son oreille dans ses orteils », tel que l’affirmait Nietzsche? (Zarathoustra, « L’autre chant de la danse »).

La troisième salle était remplie de ces personnages-costumes. Le spectateur déambule dans cet univers textile coloré, des formes humaines et animales en trois dimensions. D’immenses mandalas en tissu sont accrochés au mur et, au centre de cet étrange univers, une sphère est suspendue. Disposées sur un podium qui ressemble à ceux utilisés pour les défilés de modes, les formes anthropomorphiques n’ont pas de visage. Le singularité repose sur le geste impliqué par les milliers de détails qui les composent. On sent bien que le costume ne devrait pas être immobile tant il a de la personnalité! L’habit est ici un masque pour tout le corps. Lorsqu’il est porté, c’est la personne qui le porte qui est habitée. Le visage est alors dissimulé et, étrangement, ce sont les pieds qui prennent toute l’importance. Les sons émis sont engendrés par la rencontre des pieds avec le sol, une rencontre qui se répercute dans tout le corps, ce sont des sons de tissus. C’est peut-être ça, l’autre chant de la danse! L’effet se balance entre le mignon et le totalement freak. Enfin, c’est percutant!

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